Le Nouvel Âge glaciaire

De Johan van der Keuken

La leçon de lecture
 
Dans ce film je suis parti d'un système d'enseignement traditionnel de la lecture aux enfants qui associe des mots et des images. En quelques minutes on essaie de se déplacer aussi loin que possible de la suite de ces images et de leurs significations, déplacements successifs et rapides, pour en arriver finalement à un discours de Salvador Allende, et puis on revient aux premières images, et tout le processus est détruit. Cela repose sur une convention que les gens connaissent bien en Hollande. Pour ceux qui ne la connaissent pas, le film franchit les limites de la compréhension parce qu'il relie tout à tout. »
Johan van der Keuken


Le Nouvel Âge glaciaire
 
Le Nouvel Âge glaciaire est construit sur de larges épisodes. Il y a deux centres d'intérêt. D'abord, on reprend le thème de la conquête coloniale. La colonisation et le néo-colonialisme sont la cause des immenses problèmes de l'Amérique latine, ici représentée par le Pérou. Je décris la banlieue près de Lima, avec ces huttes de bambou, Villa el Salvador, où les gens tentent de s'organiser démocratiquement au moyen d'une sorte de gouvernement autogestionnaire pour améliorer leurs conditions de vie. L'autre composante géographique de ce film part des conditions de vie de quatre ouvrières non spécialisées dans le Nord de la Hollande. Quatre enfants d'une même famille sur la même machine. Ils vivent dans une poche d'isolation sociale. Je n'ai pas tenté de décrire leurs vies comme une histoire, mais plutôt de prendre des moments isolés, sélectionnés de façon à donner le sentiment d'un tout. C'est pourquoi les situations choisies reposent sur la parole (défectueuse), l'écriture et particulièrement l'audition. La première partie du film développe une sorte d'agressivité à l'égard du spectateur. Elle participe également d'un certain didactisme : il s'agit de proposer avec force un point de vue particulier sur la réalité. Ensuite, les attitudes et les gestes sont saisis par un regard froid et le spectateur le ressent comme une soudaine mise à distance empêchant tout processus d'identification. Tandis qu'au contraire, dans la troisième bobine, s'imposera un processus d'identification très affirmé. L'attitude du spectateur pourra donc varier au cours du film.»

Johan van der Keuken