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Portrait

Qui est John Cage (1912-1992) ?

Christopher Felver, Courtesy of the John Cage Trust
Célébrer la mémoire de John Cage, qui aurait eu cent ans en 2012, dans une bibliothèque ? Nul doute que le musicien, performeur, poète et penseur aurait trouvé l'idée cocasse; lui dont la pratique, comme celle de Dada, Duchamp ou Satie, défie le monde de l'art et ses institutions.
 
A l'automne 2012, la Bpi relève ce défi: dans ses espaces, parmi ses collections de livres et de disques, Bernard Fort interprète la Conférence sur rien (Lecture on nothing), méditation poético- philosophique précisément réglée, que John Cage considérait comme une composition à part entière.
Cette performance était suivie d'un entretien entre le compositeur Jean-Yves Bosseur et Matthieu Saladin, directeur de la revue Tacet, revue des musiques expérimentales sur la personnalité, l'influence et l'actualité de Cage.
Enfin Joëlle Léandre, contrebassiste dont l'œuvre est tissée de multiples rencontres (de Cage à Steve Lacy en passant par Fred Frith), ponctua cette soirée de sa « mémoire vive ».
John Cage naît en 1912 à Los Angeles, où il découvre le piano enfant. Après avoir voulu devenir architecte, il étudie la composition avec Arnold Schönberg, alors exilé en Californie. Ces deux expériences le convainquent qu’il ne pourra jamais consacrer son existence entière à une seule discipline, une seule tradition.

A partir des années quarante, son oeuvre musicale commence ainsi à croiser les enjeux d’autres disciplines, comme la danse (avec la rencontre décisive de Merce Cunningham, à laquelle il doit la technique du piano préparé qu’on entend par exemple dans les Sonates et Interludes), les arts plastiques (les White Paintings de son ami Robert Rauschenberg, notamment) ou la philosophie (celle deH.D.Thoreau imprègnera durablement sa pensée, son rapport au silence et à la nature, tout comme le bouddhismezen).

Les années cinquante révèlent au monde l’originalité de Cage, avec la fameuse partition de 4’33’(qui à la fois prescrit de s’abstenir de jouer pendant cette durée, et ouvre la voie à l’indétermination), les Music of Changes inspirées du Yi-King, les œuvres graphiques commeCartridge Music. Parmi les compositeurs réunis à Darmstadt (Stockhausen, Berio, Boulez),Cage fait figure de trublion, à la manière d’un Satie (ou d’un Duchamp, deux figures auxquelles il se réfère souvent). Mal accepté par ses pairs européens, son travail détermine en revanche outre-atlantique l’essor de toute une génération de compositeurs (Earle BrownMorton Feldman etChristian Wolff, entre autres). Il est un pilier de l’enseignement dispensé au Black Mountain College, université connue pour la place qu’elle fait aux pratiques artistiques et modes de vies alternatifs. Surtout, il irradie la sphère artistique entière, le mouvement Fluxus (à travers des figures comme Nam June PaikYoko Ono ou Joseph Beuys) ayant reconnu Cage, aux côtés deDada ou Duchamp, comme source d’inspiration majeure. A l’instar de son Roaratorio, véritable pérégrination dans les entrelacs complexes de Finnegans Wake de Joyce, l'oeuvre protéiforme de Cage suscite par ailleurs de nombreux échos dans le champ de la création littéraire contemporaine.

Il meurt à New-York en 1992. En 2012, il aurait donc eu cent ans.

Tags :
musique expérimentale
musique contemporaine
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