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Le peintre Claude Viallat à la Bpi

Entre les deux escalators de la bibliothèque, une œuvre de grand format, riche en couleurs accueille le visiteur.
Ce qui frappe de prime abord, c'est l’aspect monumental (512 x 343 cm), ensuite le motif, une sorte de haricot ou d’osselet, répété régulièrement, enfin la force des couleurs et la subtilité de leurs associations.
La Chouette - Claude Viallat
Claude Viallat- La chouette, 1981
Musée national d'art moderne- Centre Pompidou
© Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris
 


On y distingue dans la partie centrale une dominante rose violine sur un fond gris où les tons vibrent du plus clair au plus foncé. Sur les côtés, une combinaison de paires colorées qui se répondent : des rose orangé, framboise, des bleu ciel, mauve, outremer, des jaune miel, d’or, des vert tendre… On pense à la musique, aux Suites de Bach : un même thème aux variations infinies.

Le support est atypique : la toile est libre, non contenue dans un châssis, ce n'est ni un rectangle, ni un carré comme la plupart des tableaux accrochés dans les musées. Sa forme évoque un oiseau ou un ange : un corps avec 2 ailes.

"La Chouette" est une œuvre de Claude Viallat, réalisée en 1981, une peinture acrylique sur housse de voiture. Elle fait partie des collections du Musée national d'art moderne-Centre Georges Pompidou.


 

"On s'avance dans la peinture sans savoir.
La main droite poussant la main gauche.
Une toile poussant l’autre à tâtons.
On regarde la peinture un œil mouillé.
La couleur en débord.
Une toile bordant l’autre.
Le débord de l’une tirant la suivante.
La mouillure de l’œil marquant la méconnaissance.
La réalité physique de la peinture marque le savoir et la méconnaissance
l’un rejaillit sur l’autre
l’assure et le déstabilise.
On apprend la peinture à tâtons. "     

Claude Viallat

L'artiste

Claude Viallat est né en 1936 à Nîmes, pays de culture languedocienne, terre de tauromachie. Il aime lire des romans, de la poésie et des bandes dessinées. Il suit une formation artistique classique à l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier puis à Paris.

Au début des années 1960, Paris célèbre le peintre Georges Mathieu et l’abstraction lyrique. Tout jeune artiste, Viallat ne se reconnaît pas dans cette tradition. Se sentant profondément peintre, il résiste aussi au courant qui annonce la fin de la peinture. Dans cette période de recherche personnelle, il découvre, dans quelques galeries parisiennes, la jeune peinture américaine, et regarde, fasciné, les
œuvres de Morris Louis et Kenneth Noland. Petit à petit, il s’oriente vers l’abstraction, renonce à la peinture de chevalet, travaille au sol,  utilise des toiles libres sans châssis et non apprêtées. 

Claude Viallat
Claude Viallat par Francois Ceysson  [CC BY-SA 3.0] via wikimedia commons.

En 1966, Viallat met en place un système de travail qu’il applique encore aujourd’hui : pour lui la forme n’a pas d’importance, il s’en libère en adoptant une forme née du hasard, quelconque, abstraite, biomorphe, toujours la même, une sorte de haricot qu’il applique régulièrement sur la toile à l’aide d’une éponge ou d’un pochoir. En évacuant le sujet, il peut se concentrer sur la surface, lui trouver un rythme. Il expérimente sur des toiles récupérées, détournées de leur fonction initiale (stores, bâches militaires, parasols, voiles, tentes…). Il y appose des couleurs que le support va modifier selon des lois qui échappent à l’artiste. La couleur demeure l’autre composante fondamentale de l’œuvre de Claude Viallat, fidèle admirateur de Matisse et Picasso auxquels il rendra hommage dans ses œuvres.

A la fin des années 1960, de jeunes artistes se retrouvent dans une même volonté de déconstruire la peinture traditionnelle. Leur démarche débouche sur un travail théorique qui sera à l’origine du mouvement Supports/Surfaces fondé en 1970 entre autres par Claude Viallat, Daniel Dezeuze et Patrick Saytour, ses condisciples.

Depuis près de cinquante ans, tout en développant un rapport intense à l'histoire de la peinture, Viallat poursuit son travail sur la matérialité du support, avec une grande liberté de création. En parallèle, il continue sa réflexion sur les composants de la toile (fil, corde…) et les gestes ancestraux régis par des principes d’équilibre et de tension, de poids et contrepoids, en créant des objets précaires à partir de morceaux de bois et de ficelles. Dans une veine plus figurative, il trouve encore le temps pour des dessins de tauromachie, sa passion occitane.

A écouter, à voir 

 Claude Viallat, "A voix nue", France Culture, 2014, 5 x 28'

En 2014, Arnaud Laporte rencontre Claude Viallat dans son atelier à Nîmes et au Musée Fabre à Montpellier à l'occasion de sa rétrospective. (1 : Viallat avant Viallat, 2 : Matisse, 3 : Picasso, 4 : Pollock, 5 : Hantaï / BMPT / Supports-Surfaces )


 

Pour écouter la suite (de 2/5  à 5/5 ): http://www.franceculture.fr/personne-claude-viallat.html

 
 

→ Un jour, une œuvre : entretien avec Claude Viallat, Centre Pompidou, 2011, vidéo, 1h21' 

Entretien en 2011 entre Claude Viallat, Bernard Blistène, conservateur au Centre Pompidou et un groupe de jeunes adolescents autour de "Fenêtre à Tahiti ; Hommage à Matisse, 1976". Le peintre parle de son travail et de son admiration pour Henri Matisse. A 33'43'' commence un entretien entre Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou et Claude Viallat qui retrace son parcours artistique.



Un jour, une oeuvre, entretien avec Claude Viallat par centrepompidou


 
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