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Antonioni aux origines du pop, à la Cinémathèque française

La Cinémathèque française rend hommage au cinéaste italien Michelangelo Antonioni avec une rétrospective complète de son œuvre filmée et une exposition, intitulée « Antonioni aux origines du pop, cinéma / photographie / mode » à voir jusqu’au 19 juillet 2015.
 
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David Hemmings et Veruschka dans Blow-Up, Michelangelo Antonioni, 1966 British Film Institute collection. Photographie de Tazio Secchiaroli.
Cinéaste italien majeur, tourné vers la modernité, Antonioni est célèbre pour L’Avventura, Il Deserto rosso (Le Désert rouge), Blow-Up… Il crée dans ses films une nouvelle écriture cinématographique, analyse de l’âme humaine et des angoisses du monde contemporain. Il invente des personnages inoubliables, incarnés par ses muses Lucia Bosè, Monica Vitti et Jeanne Moreau, et quelques célèbres acteurs, tels Marcello Mastroianni, Alain Delon, Jack Nicholson.

L’exposition a pour origine l’acquisition par Ferrare, la ville natale d'Antonioni, d’une importante collection de documents : photographies, manuscrits, scénarios, témoignages de collaborateurs et amis, correspondance prestigieuse, peintures et divers travaux plastiques. Cette riche collection d’archives fait découvrir l'œuvre du cinéaste dans la diversité de ses aspects artistiques et retrace toute une vie, celle d'un des plus importants créateurs du XXe siècle.
 
Après Ferrare et Bruxelles, la Cinémathèque française accueille l’exposition, réalisée sous la direction de  Dominique Païni, qui fut directeur de la Cinémathèque française. Tout en suivant un parcours chronologique, et avec pour fil conducteur l’idée de modernité, l’exposition dévoile le travail de création du cinéaste mais aussi l’intimité de l’homme dans une belle scénographie au travers des nombreux documents exposés, des extraits de films, des photographies, des œuvres plastiques qui ont nourri le regard du cinéaste, qui fut peintre également, des écrits et documents rares révélant sa puissance créatrice.
 
Lucia Bosè, Chronique d’un amour (Cronaca di un amore) de Michelangelo Antonioni, 1950
Lucia Bosè, Chronique d’un amour de Michelangelo Antonioni, 1950 © DR

Né en 1912, Antonioni est d'abord l'assistant de Marcel Carné sur le film Les Visiteurs du soir, puis journaliste, scénariste de Rossellini, De Santis et Fellini. Il réalise des courts métrages documentaires d'inspiration néoréaliste dont les plus connus sont Gente del Po (Les Gens du Pô), en 1943 et N.U. Netteza urbana (Nettoyage urbain) en 1948 qui abordent des sujets sociaux et polémiques. Puis sous l’influence de Visconti, il tourne avec la jeune actrice Lucia Bosè Cronaca di un amore (Chronique d’un amour) en 1950 et La Signora senza camelie (La Dame sans camélias) en1953. Dès ses premiers films, il fait preuve d’une maîtrise, d’une perfection qui ne cesseront de croître. En 1955, Antonioni réalise Le Amiche (Femmes entre elles), adapté d’un récit de Pavese, puis en 1957,  Il Grido (Le Cri). En 1959, il tourne L'Avventura, film marquant dans son œuvre avec l'actrice Monica Vitti présente également dans La Notte (La Nuit, 1961) et L'Eclisse (L’Eclipse,1962).

 
Le Désert rouge, 1964
Désert Rouge (Il deserto rosso) de Michelangelo Antonioni, 1964 © Sergio Strizzi
Il réalise son  premier film en couleur Il Deserto rosso (Le Désert rouge) en 1964. En 1966, il tourne à Londres Blow Up, un défi sur notre aptitude à voir, dont la métaphore est le photographe qui agrandit encore et encore son cliché. En 1968, il se retrouve au centre des révoltes de la jeunesse qui secouent les États-Unis ; en sortira Zabriskie Point, utopie d'une Amérique débarrassée de la société de consommation. En 1973, il tourne un film documentaire en Chine, Chung Kuo, Cina (Chung Kuo, La Chine). Un autre film mythique, né cette fois d'une errance entre l'Europe et l'Afrique et de la rencontre de Jack Nicholson avec Maria Schneider, Professione : reporter (Profession : reporter), marque les années soixante-dix. Puis, retour en Italie avec Identificazione di una donna (Identification d’une femme) en 1982. Précurseur, son véritable sujet a toujours été l'homme moderne, son angoisse existentielle et son incapacité à créer des liens durables avec les autres.

En 1985, un accident cérébral le laisse partiellement paralysé mais il ne renonce pas au cinéma, jusqu'à sa mort en 2007. En 1995, il revient à la mise en scène avec l'aide de Wim Wenders pour Al di là delle nuovole (Par delà les nuages). En 2004 il participe au film collectif Eros avec Wong Kar-wai et Steven Soderbergh et réalise un documentaire Lo Sguardo di Michelangelo (Le Regard de Michelangelo) qui montre le cinéaste dans un face-à-face muet avec la sculpture de Moïse de Michel-Ange.
oeuvre peinte de MIchelangelo Antonioni
Michelangelo Antonioni, La Montagne enchantée, aquarelle sur papier. Avec l'aimable autorisation de la Cinémathèque française
L'exposition explore également les liens avec les arts plastiques, à travers ses propres œuvres, Montagnes enchantées, celles de peintres comme De Chirico, Morandi, Burri… et des œuvres d’artistes contemporains qui lui rendent hommage, de Peter Weiz à Philippe Parreno.
"C'était un explorateur de formes, un inventeur, un homme en perpétuelle inquiétude quant à la forme cinématographique", a souligné le directeur de la Cinémathèque Serge Toubiana, pour qui le cinéaste, récompensé notamment par un Oscar pour l'ensemble de sa carrière en 1995, a "marqué les vies de cinéphiles" et "éclairé notre vision du cinéma moderne".

La rétrospective complète des films d’Antonioni est à voir jusqu’au 31 mai 2015 à la Cinémathèque française.
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