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Interview
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« Chacun met dans la course ses propres valeurs »

Steve Prefontaine en plein effort : cheveux longs et moustache, les sourcils froncés, il termine une course sur une piste d’athlétisme.
Steve Prefontaine © The Register-Guard, 1975
Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau, devenu documentariste après une blessure. Son film Free to Run, diffusé lors du cycle « Plus vite, plus haut, plus fort : filmer le sport » de la Cinémathèque du documentaire, retrace l’histoire de la course à pied à travers le parcours de grandes figures pionnières.

Comment est né Free to Run ?

En 2002, alors que j’effectuais des recherches pour un livre, j’ai découvert le parcours de quatre sportifs d’exception : Noël Tamini, Kathrin Switzer, Steve Prefontaine et Fred Lebow. Leurs revendications au sein de la course à pied reflétaient les révolutions sociales et la transformation des mentalités en Europe et aux États-Unis à partir de la fin des années soixante. J’ai eu envie de raconter leur histoire.
Steve Prefontaine en pleine course, le 29 mai 1975
Steve Prefontaine, 29 mai 1975, vainqueur du 5 000 mètres au stade Hayward Field, à Eugene, Oregon, la veille de sa mort dans un accident de voiture.
Photo tirée de Free to Run, de Pierre Morath (2016) © The Register-Guard

Pourquoi était-il important de parler de la place des femmes dans la course à pied ?

Le sport est un miroir de la société et l’histoire des femmes dans la course en est la parfaite démonstration. Le parallèle est net entre leurs luttes pour leur émancipation et les combats menés pour l’égalité au sein de la discipline.

Ma rencontre avec Kathrin Switzer a été déterminante. Switzer a été la première femme à courir un marathon – celui de Boston en 1967 – avec un dossard, qu’elle a obtenu en dissimulant son identité, puisque cette course était réservée aux hommes. L’organisateur, qui a remarqué sa présence sur le parcours, a tenté physiquement de l’expulser. Cet événement a déclenché chez elle une révolution intérieure qu’elle a mise au service des autres sportifs. C’est grâce à sa détermination que les femmes ont pu participer pour la première fois à l’épreuve du marathon lors des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984.

Qu’avez-vous appris sur la course en réalisant ce film ?

Pendant ma carrière de sportif, j’étais loin d’imaginer ce que recouvrait l’histoire de la course à pied. J’ai beaucoup appris de mes personnages et de leurs révoltes, par exemple le combat des athlètes de haut niveau pour se faire reconnaître en tant que professionnels ou encore la naissance des grandes courses populaires comme le marathon de New York.

Mais surtout, j’ai redécouvert la poésie qu’inspire la pratique de la course à pied à travers les valeurs portées par la revue Spiridon entre 1972 et 1989 : la recherche d’une harmonie avec la nature, le plaisir de se dépasser, le bien-être.

Quel est votre regard sur la course à pied aujourd’hui ?

Je suis assez critique. La foire commerciale qu’est devenu un marathon ne correspond plus aux valeurs d’origine. Les frais d’inscription exorbitants, l’hyper présence des sponsors, l’aberration écologique que représente le fait d’aller courir un marathon à l’autre bout du monde, tout cela pose question.

D’un autre côté, deux tiers des coureurs ne font jamais de compétition. Beaucoup d’entre eux aiment courir dans la nature vêtus d’un vieux teeshirt et continuent à cultiver l’esprit Spiridon. Chacun peut mettre dans la course les valeurs qui lui sont propres.


Retrouvez en cliquant ici les séances de Free to Run (Pierre Morath, 2016).
Le programme du cycle « Plus vite, plus haut, plus fort. Filmer le sport » est disponible sur 
https://cinemathequedudocumentairebpi.fr.
Auteur :
CC BY-NC-SA 4.0
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film documentaire
réalisateur
athlétisme
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