Page 34

Rapport d'activité de la Bpi - 2012

distinction de classes ou de catégories. C’est sans doute pour cette raison que les personnes les moins dotées en capital culturel peuvent s’y sentir à l’aise et y faire l’expérience d’une appartenance à une communauté ouverte qui les protège et les valorise. La bibliothèque se prête ainsi à une multiplicité d’usages sociaux que cette étude, centrée sur les personnes en situation de précarité, s’attache à identifier. Le dispositif de l’enquête lancée fin 2010 et placée sous la responsabilité de Serge Paugam reposait sur une observation participante de 6 mois et sur des entretiens avec des personnes en difficulté. Les enquêteurs se sont réparti le terrain en tenant compte des saisons (hiver et été). Pendant la première période, réalisée en janvier-mars 2011, deux enquêtrices ont occupé une place régulière dans la bibliothèque, et établi une liste d’une soixantaine de personnes qu’elles ont estimées en difficulté. Elles ont ensuite procédé à des entretiens. Un dispositif un peu différent a été utilisé lors de la phase estivale : deux nouvelles enquêtrices ont pris en charge les entretiens, tandis qu’un troisième enquêteur a pratiqué pendant plusieurs mois une observation masquée, en fréquentant assidûment non seulement les espaces de la Bpi, mais aussi les abords du centre Pompidou. Serge Paugam considère la disqualification sociale comme un processus et distingue trois phases : la fragilité, la dépendance et la rupture des liens sociaux. En s’appuyant sur ses travaux, les chercheurs avaient posé l’hypothèse que la population des usagers de la Bpi concernée par les processus de disqualification sociale n’était pas homogène et que l’on pouvait y rencontrer des personnes se situant aux différents stades du déclassement. L’étude a permis de vérifier cette hypothèse mais surtout de mettre en évidence une relation entre les usages que ces personnes faisaient de la bibliothèque et la phase du processus dans lequel elles se trouvaient. Ces usages spécifiques ont été étudiés en prenant en compte trois dimensions : les attentes à l’égard de l’établissement, l’attitude à l’égard des autres usagers et le rapport aux normes de l’institution. Le rapport final de l’étude a été remis mi-2012. Serge Paugam et Camila Giorgetti en ont tiré un ouvrage intitulé Des pauvres en bibliothèque, à paraitre en mars 2012, en coédition PUF / éditions de la Bibliothèque publique d’information. 34


Rapport d'activité de la Bpi - 2012
To see the actual publication please follow the link above