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De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

11 lire, écouter, voir :��La finance, soluble dans l’éthique? Mais les actions des organismes internationaux sont pour le moins contradictoires. Alors que Finance et éthique rappelle que les États ont conclu sous l’égide de l’OCDE en 1999 des conventions pour lutter contre la corruption des agents publics (qui va de pair avec les opérations de blanchiment), la presse s’est fait l’écho récemment de la demande du Parlement européen aux États membres de chiffrer les revenus provenant de l‘économie souterraine dans le calcul du PIB. Ceux-ci sont évalués selon les États de 19 à 30% du PIB. Cette demande a été faite au nom de l’équité: la législation (sur les stupéfiants ou la prostitution par exemple) n’étant pas la même d’un pays à l’autre, les statistiques ne seraient pas comparables. Pour l’instant l’INSEE s’y refuse. Mais les observateurs de la délinquance financière, comme Christophe Soullez, soulignent la porosité de plus en plus grande entre économie légale et économie illégale. L’investissement responsable De manière plus générale, depuis 2006, les Nations unies ont posé des principes pour définir ce qu’on appelle «l’investissement responsable». Ces principes rappellent les entreprises au respect des droits de l’homme, au respect des droits du travail (liberté d’association, négociations collectives, élimination des formes de travail forcé, abolition effective du travail des enfants, suppression des discriminations), ils leur demandent de se préoccuper de l’environnement (principe de précaution, responsabilité environnementale), et de lutter contre la corruption. Dans son livre Finance éthique  : le grand malentendu, Gaëtan Mortier, membre du collectif «Sauvons les riches», parle, lui, d’oxymore tant le rapprochement des deux termes «finance» et «éthique» lui semble improbable. Il montre que «l’investissement socialement responsable» malgré son succès apparent, est en trompe-l’oeil  : le label ne s’obtient pas sur des investigations quant au fond, mais sur le formalisme de certaines procédures, notamment le recours à des agences de notations. De plus, alors que la première génération d’agences éthiques fonctionnait avec des listes d’activités exclues (OGM, armement, tabac,...), ces entreprises ont pour la plupart été reprises, par le biais de restructurations, par des entités plus importantes et moins regardantes, pour lesquelles il s’agit d’obtenir un label porteur, de se placer sur un marché comme un autre, et non de conjuguer morale et investissements. L’éthique contre le droit? Dans l’ouvrage intitulé Finance éthique Michel Roux n’hésite pas à l’affirmer: «Les entreprises se sont progressivement accaparées l’éthique pour se garantir contre la judiciarisation croissante», pour contrer la loi et les instances de régulation externes. La moralisation de la finance semble encore pour demain. Deux économistes français, Arthur Cohen et Emmanuel Rocque, ont proposé en juin 2014 un rapport aux Nations unies intitulé Éthique et finance: recherches de solutions pratiques pour l’assainissement des comportements financiers et la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement. Ils y définissent la finance éthique comme «l’ensemble des pratiques financières accomplies par un ou plusieurs acteurs qui s’astreignent à se conformer à des principes et des procédures visant à garantir en toute rationalité que tous les autres acteurs concernés soient traités équitablement avec respect et responsabilité». Après quoi ils font des préconisations concrètes pour moraliser l’ensemble des opérations financières: les activités de trading, les allocations de crédits et de conseil en investissements financiers, etc. Mais pour l’instant, le rapport, partiellement dévoilé par ses auteurs, n’est pas repris à son compte par l’ONU. Catherine Revest, Bpi À voir : �� Vidéo d’Arthur Cohen présentant son rapport sur le site La bourse et la vie http://goo.gl/mgft5P À lire : ����Christophe Soulez, «Criminalité et économie : un mariage efficace et durable» dans Regards croisés sur l’économie, 2014/1 (n°14 Lumières sur les économies souterraines) Consultable sur Cairn info ����Bruno Gizard et Jean-Pierre Deschanel, Déontologie financière : brèves leçons des règles de bonne conduite à la lutte anti-blanchiment, Revue Banque éditions, 2005 333 GIZ ����Gaëtan Mortier, Finance éthique : le grand malentendu, FYP éditions, 2013 333 MOR ����Jean-Michel Poughon, «Éthique et finance : oxymore ou ambiguïté» ; Richard Routier, «De l’ISR au FSR : un passage obligé par les banques ! » dans Finance et éthique, sous la dir. de Chantal Cutajar, Jérôme Lasserre Capdeville et Michel Storck, Lamy, 2013 333 FIN ����Michel Roux, Finance éthique : structures, acteurs et perspectives en France, Revue Banque édition, 2005 333 ROU Fin


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