L'empreinte Duras

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

22 dossier :��Le cinéma de Duras L’EMPREINTE DURAS Radical dans sa forme et dans son modèle économique, le cinéma de Marguerite Duras trouve des échos dans de nombreuses oeuvres contem- poraines. Pascale Cassagnau, critique d’art et spécialiste des nouveaux médias au sein du ministère de la Culture, en donne quelques aperçus en forme d’hypothèse. Dans les films de Marguerite Duras, les images, textes et sons ne cessent d’échanger leurs potentialités et leurs qualités. L’écrivain y expérimente les passages entre les récits, les textes lus, les bandes-son. Au cinéma, comme dans son oeuvre littéraire, Marguerite Duras réinvente temps et réalité selon son propre imaginaire, au fur et à mesure que son oeuvre se développe. Elle partage cette conception «kaléidoscope» de l’écriture avec les artistes contemporains, pour lesquels l’écriture de la réalité, la notation du temps, les jeux complexes des images, des textes et des sons constituent les problématiques fondamentales. Détruire un film En 1970, l’artiste argentin David Lamelas réalise: Interview with Marguerite Duras. Revenant sur cette expérience en 2004, il raconte: «Elle m’intéressait parce que j’avais vu ses films et lu ses livres. Je voyais alors un lien entre l’art conceptuel et la littérature, par la manière dont elle utilisait le texte. Ce n’était pas le personnage Duras qui m’intéressait. Ce n’est pas un portrait d’elle. Ce qui m’intéressait, c’était son travail sur le texte». Menant l’entretien autour de Détruire dit-elle, David Lamelas invente une forme singulière d’entretien. Il réalise pendant celui-ci des photographies de l’écrivain, puis retranscrit le texte de l’entretien, afin de décomposer les images et d’arriver au langage écrit. Face à la route Olivier Bardin s’intéresse, lui, depuis plusieurs années, à la constitution des discours socialisés, interrogeant aussi bien l’espace radiophonique, cinémato- graphique que télévisuel. Il invente des plateformes d’échange, de lecture, de partage d’expériences, qui concernent le langage et l’usage des images. Dans Le Camion (2001), adaptation – bien plus que remake – du film de Marguerite Duras, Olivier Bardin ramène le dispositif du film de 1977 à quelques éléments simplifiés pour en éprouver la radicalité : un jeune homme lit le texte de Duras à une jeune fille qui l’écoute en le regardant; ils sont de trois quarts; l’image vidéo est ralentie, sans son. Un sous-titre permet de lire le texte que prononce le garçon, et de suivre exactement le mouvement des lèvres. Avec cette oeuvre, Olivier Bardin poursuit sa réflexion sur le partage de la parole, la place du spectateur et le dispositif scénique. Atmosphère cotonneuse La vidéaste Christelle Lheureux interroge dans ses films les relations que le cinéma et l’art contemporain entretiennent. Elle imagine, avec Non Ricordo Il Titolo, la rencontre improbable d’Ingrid Bergman, perdue sur les pentes du Stromboli, et de Marcello Mastroianni, sorti de Fellini Roma. Tous deux sont interprétés par des sosies. La vidéo en noir et blanc invente une matière filmique «cotonneuse», celle d’un épais brouillard, pour placer la rencontre dans une atmosphère irréelle. Parlant de ce film, l’artiste a des accents durassiens: «C’est un rêve, une fable. C’est impossible. La fumée du volcan enveloppe tout. Nos souvenirs de cinéma se mélangent. Vous ne vous souvenez plus très bien. Moi non plus». © Marylène Negro Marylène Negro, ������������������������������������, 2008, vidéo couleur 33’07’’


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