Vous avez la parole

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

3 Fin vous avez la parole: Écrits et chuchotements Charles 34 ans, entrepreneur indépendant vous avez la parole ÉCRITS ET CHUCHOTEMENTS Le 26 avril 2014, à 16 heures 15, des lecteurs de la bibliothèque Au début, je pense que les gens étaient un peu étonnés, il y en a qui rigolaient. Mais aucun ne nous a demandé ce qui se passait. Je pense qu’ils croyaient que c’était très organisé tout ça, donc ils n’ont pas voulu… déranger. Rester imperturbable, c’était pas évident. Tu as un peu le trac quand même. On sait pas si tout le monde va jouer le jeu. Et vu qu’on pouvait se déplacer, tu te dis : «si moi je pars, est-ce que les autres seront assez pour prendre le flambeau?». On était solidaires de Joris. J’étais venu avec un ami. Je lui ai demandé ce qu’il avait perçu : «C’était bien. Des bourdonnements. On ne comprenait pas tout, on entendait un peu la voix des uns et des autres». Donc c’était réussi. Propos recueillis par Sylvie Colley, Marie-Hélène Gatto et Florian Leroy, Bpi. ont révélé à haute voix ce qu’ils lisaient silencieusement. Un murmure de vingt secondes, orchestré par l’artiste Joris Lacoste, qui s’est répété tous les quarts d’heure, jusqu’à 21 heures. © photographies de Delphine Nicolas, Bpi Angelina étudiante en droit J’ai vu l’affiche sur les tables, il y a un mois. Je trouvais ça intéressant  : voir ce que les gens lisent à la Bpi. Parce tout le monde lit des choses tellement différentes. J’apprécie la démarche de Joris Lacoste. Finalement, c’est très simple. On l’a invité à lire un texte et il s’est dit : «Je préfère que ce soient les lecteurs de la Bpi qui lisent, eux, ce qu’ils ont envie.» Voilà. C’est aussi simple, je trouve cela tellement rafraîchissant. Estelle 28 ans, prépare un concours Je suis très sensible aux gens qui parlent à la bibliothèque. Ça m’énerve beaucoup. Alors, je me suis dis : «Vas-y, essaie !». Au début j’avais très peur et puis, en fait, on s’habitue. À un moment, j’en avais marre de lire, mais je l’ai quand même fait. Après ça dépend de ce qu’on lisait. Moi, je ne faisais que lire mes cours de biologie ! Sharon, 21 ans, étudiante en art Je fais de la performance et je voulais voir comment Joris Lacoste allait s’approprier le lieu. Comment amener l’art dans un espace consacré au travail? Est-ce qu’il allait «prendre en otages» les lecteurs, les intégrer à la performance? J’aurais voulu que la performance aille plus loin, que les lectures soient disséminées dans tout l’espace, que tout soit contaminé. J’avais l’impression de ne pas aller au bout des choses. D’un côté, je perturbe mais en même temps c’est une perturbation très douce. Je suis quand même très contente d’y avoir participé. Une performance au sein d’une institution publique, c’est le désir de rendre la performance accessible au plus grand nombre, ça c’est intéressant. Ça reste encore aujourd’hui une pratique très mal connue du grand public. On va dire : «c’est l’art de l’instant», ce genre de truc...


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