Cortázar et l’Oulipo : départ d’un jeu

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

30 venez!��Cortázar et l’Oulipo : départ d’un jeu venez ! CORTÁZAR ET L’OULIPO: DÉPART D’UN JEU Julio Cortázar n’a jamais été un oulipien. Pourtant, son oeuvre, par l’utilisation de contraintes d’écriture, l’exploration de l’espace et la fantaisie, entretient une grande proximité avec les recherches de l’Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo). Relire Le Grand Cronope avec les oulipiens, c'est découvrir des chemins que l’oeil n’a pas encore balisés. Né à Bruxelles en 1914, Julio Cortázar passe son enfance et son adolescence en Argentine. Définitivement installé à Paris en 1951, l’écrivain ne tarde pas à s’approcher du Collège de ‘Pataphysique. L’oeuvre d’Alfred Jarry, considéré comme le fondateur de ce mouvement littéraire, est une source d’inspiration pour une grande partie de son oeuvre: Un certain Lucas, Cronopes et Fameux. Un «Plagiaire par anticipation»? L’Ouvroir de Littérature Potentielle fondé en 1960 par les écrivains Raymond Queneau et François Le Lionnais est lui-même à son origine une sous-division du Collège. Aujourd’hui, le caractère intergénérationnel et même transnational de ses membres le situe à une place d’exception dans le champ littéraire contemporain. Avec un projet littéraire commun, un discours collectif et une praxis — les réunions mensuelles, les séances publiques des «Jeudis de l’Oulipo» à la Bibliothèque nationale de France, les ateliers d’écriture —, la quête des «plagiaires» reste une démarche centrale du groupe. Dans la liste des écrivains qui ont travaillé avec des contraintes, de façon plus ou moins consciente, avant la création de l’Oulipo, l’écrivain argentin tient une place de choix. La littérature comme jeu, l’expérimentation avec les mots — des mots croisés à l’écriture sous contrainte — ,l’ethos‘Pata- physique, le goût pour la flânerie, les topographies et l’exploration de la ville sont quelques unes des caractéristiques communes à son oeuvre et à celle de l’Oulipo. De fait, en 2004, l’Ouvroir consacre une séance des «Jeudis» en hommage au Grand Cronope. Jacques Jouet rédige à cette occasion une Lettre de Cortázar à l’Oulipo où il analyse la possible filiation de ce «membre pressenti» au groupe. Trois jours avec le Grand Cronope et l’Oulipo Pour fêter Julio Cortázar avec Jacques Jouet, Olivier Salon, Frédéric Forte 11, 12 et 13 octobre – 19h, Petite Salle «Écoute, Georges… je ne sais pas» Cortázar n’est pourtant jamais formellement devenu un membre de l’Oulipo dans le Paris des années 1960. La recherche documentaire suggère toutefois que Georges Perec aurait été en charge de le contacter. David Bellos et Karine Berriot, biographes respectifs de Perec et de Cortázar, ne donnent pas exactement la même version de cette tentative de cooptation, qui reste infructueuse. Quelles qu’aient été les raisons de cet hypothétique refus, les circonstances de cette rencontre mythique entre les deux écrivains constituent matière à fiction. Dans Le Voyage des rêves, Fréderic Forte utilise la possible réunion entre Cortázar et les oulipiens comme matériel romanesque. Si l’on en croit cette nouvelle, l’Argentin aurait été invité à participer à une saga littéraire rocambolesque autour d’un manuscrit fantôme : «C’est Georges Perec qui se lança. Il voulait parler à Julio d’un projet, un projet “d’hyper roman polyglotte” qu’il avait avec Harry Matthews et Italo Calvino … Il en tira alors un livre qu’il tendit solennellement à Cortázar … Julio se mit à tourner les pages de plus en plus fébrilement». Lire pour écrire : voici un des enjeux de la démarche oulipienne. Nos jeux de grands enfants «Comment, mieux que par le remploi, amorcer un exercice d’admiration?», voilà la proposition qu’avance Jacques Jouet dans son texte Destination des petits papiers (1986). L’auteur y fait de la lecture du conte Fin d’un jeu de Cortázar le moteur d’une réflexion qui montre comment la littérature et la lecture peuvent dessiner des rencontres inattendues, tracer des chemins de vie. Comme dans la conception dynamique du littéraire de l’Oulipo, la lecture est pour Cortázar «un jeu à deux»: un combat entre le lecteur et l’écrivain, un puzzle où «l’oeil suit les chemins qui lui ont été ménagés dans l’oeuvre» (Georges Perec, La Vie mode d’emploi) ou bien une marelle dont le parcours menant au ciel n’est jamais définitivement tracé. Croyons la réflexion cortazarienne de Jouet: ces «petits papiers» – la littérature – nous sont parfois destinés. Les déchiffrer et en faire la source des nouveaux textes devient le pari du lecteur. Paula Klein


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