A supposer Julio Cortázar

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

31 venez! À supposer Julio Cortázar suite © R. Mosner À SUPPOSER JULIO CORTÁZAR À supposer qu’on me demande ici, à moi lecteur depuis quarante ans des oeuvres de Julio Cortázar traduites en français, de dire mon mot sur cet auteur à partir d’un des siens, un seul et qui serait le mot unique de son dictionnaire personnel (tous les autres de la langue n’en étant alors que des synonymes, des rimes, des paronymes, des antonymes, des anagrammes, des palindromes, etc.) je m’arrêterais sur le mot « continuum », qui, tout en justifiant dans la même foulée le recours à un À supposer… qui est un texte à phrase unique continue, évoquerait, me semble-t-il au mieux la véritable fascination qui fut la sienne pour les lignes continues faisant réseaux en vue de voyages extra- ou infra-ordinaires, chemins, routes, autoroutes, métros, rues des villes, lignes de tramway, de chemin de fer ou aériennes même (lire par exemple les contes Fin d’un jeu, L’Île à midi, Anneau de Moebius…, c’est-à-dire pas seulement Continuité des parcs, et dont la figure mathématique-ludique serait celle de l’anneau ou ruban de Moebius annulant les contraires de façon aussi magique que concrète et rationnelle (un seul côté et un seul bord au ruban torsadé recollé par ses deux bouts), cette curiosité scientifique étant fondamentale dans l’esthétique, l’imaginaire et la technicité de la narration cortázarienne, reliée qui plus est à l’idée de jeu, valorisé comme rarement, la marelle presque initiale de l’oeuvre faisant pour moi écho de façon claire au jeu de go de Jacques Roubaud, aux tarots d’Italo Calvino, au puzzle de Georges Perec (sans oublier le jeu de l’oie de Jules Verne dans Le Testament d’un excentrique) et qui le rapproche à coup sûr — sans aucune volonté d’annexion de notre part — de l’univers oulipien qui ne sait que trop, lui aussi, que le jeu est chose grave. Jacques Jouet Julio Cortázar par Ricardo Mosner «Un À supposer… est un texte en prose (mais peut être un poème en prose) composé d’une phrase unique très développée, initiée par la formule: «À supposer qu’on me demande ici de…». Pas de ponctuation forte au milieu de la phrase, qui laisserait entendre qu’il y a plusieurs phrases. Un À supposer… sérieux compte au moins 1000 signes (200 mots).» www.oulipo.net


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