Sex (is) power

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

32 venez!��Sex (is) power En élaborant la théorie dite de l’échange économico-sexuel au début des années 1980, l’anthropologue italienne Paola Tabet jette un pavé dans la mare. Les relations sexuelles d’un couple tradi- tionnel ne seraient finalement pas si éloignées de celles, tarifées, d’un client et d’une prostituée. Trente ans plus tard, où en sommes-nous avec ce concept? Dans la présentation de leur ouvrage L’Échange économico-sexuel, études de cas, les auteurs Christophe Brocqua et Christine Deschamps donnent une définition assez claire de la notion d’échange économico-sexuel: «contre la propension des sciences sociales à distinguer la sexualité dite “commerciale” et la sexualité “ordinaire”, la théorie de l’échange économico-sexuel élaborée par l’anthropologue italienne Paola Tabet dans les années 1980 a permis de repenser les rapports de genre à partir d’une gamme très diverse de configurations relationnelles qu’elle situe sur un même continuum allant du mariage à la sexualité marchande». Il s’agit donc bien d’étudier, dans cette notion, l’ensemble des relations sexuelles entre hommes et femmes impliquant une transaction économique, explicite ou non. Et, surtout, de ne pas mettre de frontières étanches entre ces différents types de relations, qu’elles soient supposées «légitimes» dans certaines sociétés, comme le mariage, ou au contraire condamnables, comme la prostitution. Du mariage à la prostitution: un simple continuum? L’aspect le plus provocateur et innovant de ce concept réside dans ce continuum supposé. Il s’agit de dépasser l’opposition binaire entre mariage et prostitution. Pour étayer son hypothèse, Colloque : Bordeline, les économies du sexe pornographie et prostitution vendredi 12 et samedi 13 décembre Petite Salle Vers le sud, un film de Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling et Ménoty César, 2005 Paola Tabet a parcouru le globe et fait beaucoup d’observations ethnographiques, notamment en Afrique (Mali, Niger, Ouganda). Elle a ainsi mis en évidence de nouvelles formes d’ethnocentrisme autour du genre et de la sexualité, en particulier féminine. Dans l’entretien qu’elle a donné à Mathieu Trachman dans la revue Genre, sexualité & société, elle précise sa pensée: «cette scission entre une sexualité légitime (pour laquelle on nie l’existence d’un échange) et les autres relations est le propre des sociétés occidentales actuelles. Par contre, dans beaucoup de sociétés – et, dans le passé, aussi dans les sociétés occidentales – on dit de façon claire et nette que le sexe est le capital des femmes, leur terre, et qu’elles doivent bien l’utiliser». Son propos est donc finalement d’étudier les rapports sexuels comme des rapports de classe, où la notion de domination, ici de nature patriarcale, est centrale. En cela, son approche est totalement contemporaine de certains mouvements féministes. Une variété de contextes, de relations et de situations Cependant, Paola Tabet a développé cette notion exclusivement autour de la sexualité hétérosexuelle, dans le cadre d’une domination masculine patriarcale. Volontairement, elle ne prend pas en compte un certain nombre de situations, comme la relation homosexuelle bien sûr, mais aussi les relations, tarifées ou non, où la femme est en situation de domination (prostitution masculine notamment). Mais aujourd’hui, les facteurs de race, de génération, d’orientation sexuelle ou de classe sociale sont aussi pris en compte dans ce cadre théorique de base pour étudier les relations © photo Pierre Milon, Haut et Court venez ! SEX (IS) POWER


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