Éclairage : les mathématiques ou l'aventure de l'abstraction - Entretien avec Jean-Pierre Dhombres

De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

éclairage:��Les mathématiques ou l’aventure de l’abstraction éclairage 5 ��suite LES MATHÉMATIQUES OU L’AVENTURE DE L’ABSTRACTION Entretien Avez-vous observé ces dernières années un engouement pour les sciences? Il est sûr qu’il y a un engouement et on peut l’expliquer de différentes manières. Il y a, tout d’abord, chez les intellectuels un retour extraordinaire vers la science. Quelques années en arrière, la science, c’était le positivisme, ce qui nous mène à la guerre, à la domination de l’Occident sur le reste du monde, etc. À cela s’ajoutait un second point de vue, essentiellement lié à la sociologie:la science est quelque chose qui prétend être objectif alors que ce n’est que le produit de la société dans laquelle on vit. Si l’on pousse ce raisonnement trop loin, cela voudrait dire que l’on a la science que l’on mérite… Ce grand mouvement qui considère que les produits scientifiques sont des produits comme les autres s’est arrêté. Et on constate que la plupart des sociologues font des déclarations d’amour à la science. Même Bourdieu dans son dernier livre avait changé d’avis. Ensuite, l’éducation est quand même fondamentalement marquée par la science. Les jeunes en font, en histoire, en physique, en biologie et même dans leurs cours littéraires. Et cela se diffuse dans la société. Enfin, l’idée est acquise que le progrès est une réalité et qu’il est de nature scientifique. Évidemment, c’est la médecine qui emporte le morceau. Le progrès n’est plus le fruit de l’histoire, comme au XIXe siècle, mais tient à la façon dont les gens agissent. Je crois que toute conscientisation de ce que l’on fait, en fonction de son environnement, est une bonne chose. Et le fait de dire a priori «ça me dépasse, je ne veux pas en entendre parler, c’est dangereux», c’est de l’obscurantisme. «Il n’y a point de louanges que je ne donne aux grands Mathématiciens, pourvu que je ne le sois pas». Pour illustrer les réactions contradictoires et passionnées que suscitent les mathématiques et ceux qui s’y adonnent, Jean Dhombres, historien des mathématiques et mathématicien lui-même, aime citer le moraliste Saint-Évremond. Mais depuis le XVIIe siècle, l’emprise des mathématiques s’est étendue au sein de la société. Jean Dhombres analyse l’évolution récente des rapports entre le public et les mathématiciens. © Grems Les mathématiques pour comprendre le monde lundi 24 novembre - 19 h, Cinéma 2 lundi 8 et 15 décembre - 19 h, Petite Salle


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