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De Ligne en ligne n°15 - Octobre à décembre 2014

9 au Centre : Malachi Farrell, l’homme qui fait danser les poubelles Fin Lorsqu’on l’interroge pour savoir si son travail s’adresse à des enfants, Malachi Farrell balaye la fumée de sa cigarette avant de répondre : «ça fait des années que je pense que j’ai un travail qui peut intéresser “le jeune public” mais, jusqu’à présent, l’opportunité ne s’était jamais véritablement présentée ». Il a pris en tout cas cette proposition très au sérieux, d’autant que celle-ci a, par hasard, rencontré ses autres projets en cours. Pendant l’année scolaire passée, Malachi Farrell a été artiste en résidence dans une école primaire du 18ème arrondissement de Paris, et invité à intervenir dans un collège de Seine-Saint-Denis. Son «challenge»  : regrouper toutes ces expériences. Son Atelier des enfants n’est donc pas une proposition artistique créée spécialement pour les enfants, mais a été conçu avec eux. Il a dû pour cela adapter son mode de production. Usinées en amont, les pièces ont été assemblées dans les écoles. Certaines des machines fabri- quées ainsi sont présentes dans l’exposition. Rendre sensible à ce qui nous entoure Avec les enfants, Malachi Farrell a choisi de travailler sur l’environnement. Un thème présent depuis toujours dans son oeuvre mais qui, selon lui, est mal compris par ceux qui s’intéressent à son travail. Engagé, il refuse de l’être au sens politique du terme. Surtout, il ne veut pas être un donneur de leçons. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas de dénoncer mais de rendre sensible à ce qui nous entoure. D’où le titre, Surround. Aujourd’hui, dans la mer, on trouve autant de déchets en plastique que de poissons. Une fois ce constat établi, qu’est-ce qu’on fait? Des poissons en plastique qui s’agitent comme les feuilles aux branches d’un arbre. Un «recyclage» poétique pour parler joyeusement de notre malheur.  Sur la table de bistrot en partie mouillée, Malachi déroule les planches du projet. Il a imaginé un parcours avec trois ambiances. À l’entrée, la mer, origine de tout, accueille les visiteurs. Par analogie, Malachi Farrell installe des transats et dix Ocean Drums. Inspirés des tambours ancestraux, ces instruments restituent le bruit des vagues grâce aux mouvements de billes en métal. Mais, comme toutes les autres installations, ils ne s’animent qu’en présence du spectateur. Suit une forêt mouvante en PVC qui, avec ses «poissonsfeuilles », semble issue de la mer. Enfin, dernière ambiance : l’urbain. «Ici, c’est  : danser avec les poubelles», résume Malachi Farrell. Pour lui, la ville est en crise. L’artiste, tout juste rentré de Mexico, raconte la mégapole grandie trop vite, ses écrans lumineux omniprésents et ses câbles à même le sol. Il veut rendre sensibles l’environnement urbain, sa vie et ses mouvements, par la danse frénétique de tubes de plastique et la chorégraphie silencieuse de casseroles. Contourner les contraintes Silencieuse? D’ordinaire, les installations de l’Irlandais sont accompagnées d’une bande-son métallique, rugueuse, stridente. «Je n’ai pas le droit de faire du bruit», explique-t-il. Les contraintes du lieu, ouvert, et les normes de sécurité pour accueillir les enfants s’additionnent ici. La différence avec une exposition «classique» dans un musée est peutêtre là: monter une exposition pour enfants s’avère bien plus compliqué. Mais si ces contraintes influent sur le cours de son projet, rien ne semble pouvoir réfréner l’enthousiasme de Malachi Farrell. Il rêve de faire venir du Salvador des musiciennes «scientifiques» dont il se sent proche  : quarante violonistes qui ont fabriqué leurs instruments à partir de boîtes de conserves. Volubile, l’artiste une fois lancé ne s’arrête plus. Il explique s’être formé à tous les corps de métiers: fraiseur, tourneur,... Il peut ainsi fabriquer ses machines tout seul. Comprendre le fonctionnement d’un appareil l’émerveille  ; l’application, «la mise à mort de l’engin» dit-il, presque pas. Peut-être parce que toutes les potentialités se réduisent, d’un coup, à une seule. Derrière l’esthétique pauvre de ses installations, Malachi Farrell a recours à une technologie sophistiquée qui allie informatique, électronique et mécanique. Mais la perfection aseptisée d’une machine ne l’intéresse pas. «J’essaie», dit-il, «de trouver des caractères dans les machines», pour ensuite les mettre en scène et créer des ambiances. Au moment de se quitter, il interroge à son tour. Il voudrait voir la bibliothèque. On improvise au pas de course une visite des trois niveaux. Malachi Farrell se souvient d'être venu là, étudiant, pour voir des vidéos mais il avait oublié l’immensité des lieux. «C’est un monstre!», s’exclame-t-il. Un compliment dans la bouche de celui qui fabrique de si monumentales machines. Marie-Hélène Gatto, Bpi À voir : �� O’Black (Atelier clandestin), 2004-2005, installation présentée dans les collections contemporaines du Musée (niveau 4). Jusqu’au 30 décembre 2014 ����Malachi Farrell et Doctor L, Collateral Fiction 24 et 25 octobre, 20h30 Grande Salle http://www.malachifarrell.com


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