éclairages : A l'origine, des mots

de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

éclairages Qui s’intéresse au fait religieux rencontre très vite une première difficulté en cherchant à définir des termes qui sont pourtant fréquemment utilisés. À commencer par le mot « religion » lui-même, source de nombreux débats… Qu’estce qu’une religion ? Parle-t-on de religion ou de religions ? Et comment en donner une définition dans les langues où le mot n’existe pas ? La foi a-t-elle le même sens pour un bouddhiste ou un chrétien ? Quelles relations existe-t-il entre loi et religion ? Pour se retrouver dans ce foisonnement lexical, le linguiste Bernard Cerquiglini, en s’appuyant sur l’étymologie, retrace ici l’évolution sémantique des mots « foi », « rite » et « loi ». 10 éclairages : à l'origine, des mots À l’ori gine, des mo ts Foi Le latin fides signifiait aussi bien « parole donnée » que « confiance ». Le mot français foi qui en résulte a hérité de cette ambivalence. Il possède tout d’abord un emploi objectif, désormais minoritaire. La foi est une promesse, un engagement ; c’est un acte. Le Moyen Âge nommait ainsi le geste d’allégeance par lequel on devient vassal, en jurant sa foi. Un tel engagement est une garantie (foi de gentilhomme !), d’où les locutions sous la foi du serment ou faire foi (comme le tampon de la poste) entrées dans le domaine juridique. Mis en cause, on fait valoir sa bonne foi. Hors de ces usages techniques, la langue courante dispose encore d’une formule d’assertion : « ma foi, il se débrouille bien ! » Cycle Religions, des mots pour les comprendre Foi, lundi 18 avril Rite, lundi 23 mai Loi, lundi 20 juin 19 h – Petite Salle Pochoir urbain représentant des religions Foi possède d’autre part une valeur subjective, celle de confiance et d’adhésion ; la foi est un sentiment. Celui qui l’éprouve a foi : dans le progrès, en son étoile, en une personne digne de foi, au témoignage de laquelle il prête foi. C’est le consentement plein et entier à une vérité : foi démocratique, patriotique, religieuse. Ce dernier emploi est aujourd’hui majoritaire. Construit absolument, le mot foi désigne la croyance aux dogmes de la religion : avoir, perdre la foi, laquelle peut être fervente, du charbonnier, ou celle d’un homme de peu de foi. Une telle restriction, désormais commune, à l’usage religieux, et même chrétien, s’explique aisément. La foi n’est-elle pas, avec l’espérance et la charité, une des trois vertus théologales ?  Murdelta, Matthew Fearnley, Flickr (CC BY 2.0)


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