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de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

11 Fin éclairages : à l'origine, des mots Loi Le mot loi désigne une règle générale impérative, car s’imposant à tous, explicite, car vérifiable. Le premier caractère est bien connu : « nul n’est censé ignorer la loi ». On comprend son emploi dérivé, au sens de régularité établie par la science ou constatée par l’expérience : loi de gravitation, loi de l’offre et de la demande, loi du genre. Mais insistons sur le second caractère, qui est étymologique. Le latin lex, legis, fondement du droit romain, était lié au verbe legere, « lire » ; il désignait, par opposition à la coutume (consuetudo), une règle écrite et promulguée, un contrat rédigé, un texte. Le mot français loi, qui en résulte, a conservé ce trait. Une loi est indiscutable, car elle est donnée à lire : recueil de lois, projet de loi, avoir force de loi. La loi, au singulier, désigne l’ensemble des textes législatifs en vigueur, la législation. On comprend par suite l’emploi du terme dans le domaine religieux, et notamment pour les religions du Livre. Il désigne alors la volonté divine, telle qu’elle fut révélée : loi de Moïse, tables de la loi, docteurs de la loi. Loi, dès lors, en vient à désigner la religion en général, voire le principe religieux et moral, tel qu’il est dicté à l’homme par sa conscience, sa raison, la nature. Un homme sans foi ni loi n’a ni religion ni éthique ; il est capable de tout. Notamment, d’ignorer la loi ! *À voir sur Balises : Les vidéos-définitions de Bernard Cerquiglini et le dossier autour du cycle « Religions, des mots pour les comprendre » balises.bpi.fr Rite L’histoire du mot rite est celle d’une sécularisation. Le latin ritus, sur lequel rite fut calqué, au XIVe siècle, désignait les pratiques liées à une cérémonie religieuse. C’est le sens premier de notre terme : « prescriptions réglant la célébration d’un culte ». Ces prescriptions forment un cérémonial qui distingue, par exemple, les rites alexandrin, arménien, byzantin, grec, maronite, syrien. Par analogie, le terme s’emploie pour des institutions pourvues d’un rituel particulier, ensemble de règles cérémonielles. C’est le cas des sociétés secrètes : rite maçonnique, écossais, égyptien, etc. Il y a dans le rite du secret et du protocole, du social et de l’apprentissage. On comprend que l’ethnologie se soit saisie du terme, afin d’en désigner, plus généralement, les pratiques sociales réglées, symboliques ou sacrées. On parlera de rites nuptiaux, d’initiation ou, avec Van Gennep1, des rites de passage, qui élèvent le statut d’une personne au sein d’un groupe. De telles pratiques réglées peuvent perdre tout lien au sacré. Rite devient alors un simple synonyme de coutume (le rite britannique du thé de 17 heures), voire d’habitude personnelle, éventuellement maniaque : pensons au rite proustien de l’endormissement. Vous avez dit « sécularisation » ? Bernard Cerquiglini © Bpi - Centre Pompidou 1 Arnold Van Gennep (1973-1957) est un ethnologue français, auteur de Rites de passage.


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