Jalons pour une histoire de la jeunesse, par Ludivine Bantigny

de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

Jalo ns pour une his toire de la jeu nesse « La jeunesse » semble exister de toute éternité. Pourtant, contre cette évidence supposée, il faut bien affirmer que la jeunesse est un âge social et historiquement déterminé. La jeunesse est relative et évolutive, conditionnée par la situation sociale, même dans ses contours biologiques. En témoigne l’entrée dans la puberté : l’âge moyen des premières règles se situait autour de 16 ans au XVIIIe siècle, il s’établit à 12 ans dans la plupart des pays occidentaux aujourd’hui et ne cesse de s’abaisser. Il en va de même pour l’adolescence, qui paraît au premier abord communément partagée. Des anthropologues ont pourtant souligné que les notions d’adolescence et d’âge adulte n’ont pas lieu d’être dans certaines sociétés. L’adolescence n’est pas de tout temps. On ne peut la vivre pleinement que lorsque l’on n’est pas happé, au sortir de l’enfance, par le monde du travail. Il faut pouvoir au contraire profiter de l’autonomie et des sociabilités spécifiques à cette communauté de l’âge. À la fin du XIXe siècle, les jeunes ouvriers ne sont pas qualifiés d’« adolescents » : ils sont de « jeunes gens » ou même des « gamins ». Le terme « adolescent » est réservé aux milieux sociaux les plus aisés, désignant un véritable âge de classe : celui de la jeunesse bourgeoise. L’adolescence d’un nombre toujours plus important de jeunes, au XXe siècle, a été permise par un bouleversement radical des structures sociales, en particulier par la prolongation de la scolarité. La fin des rites de passage Certes, la modernité n’a pas inventé la jeunesse. On la voit bien, vive et organisée, durant l’Ancien Régime lors des carnavals, des charivaris, des fêtes de la Saint-Jean ou du « mois de Marie ». La jeunesse revêt une fonction sociale. Si ces pratiques s’étiolent au XXe siècle, on les retrouve presque intactes dans certains rites de passage, tels que la conscription pour les jeunes hommes de vingt ans destinés au service militaire. Faire ses premières armes revient à faire ses preuves, à montrer qu’on est un homme : adulte et viril. Rien d’étonnant dès lors que ce « bon pour le service » soit assimilé par ces jeunes gens à un « bon pour les filles », porté souvent fièrement au revers du vêtement. Pour les jeunes filles, il n’est rien d’équivalent : seul le mariage sonne l’heure d’une sortie de la jeunesse, dont la « Sainte-Catherine » fixe la limite à 25 ans. La solennité de ces rites a elle aussi disparu, avec la fin du service militaire obligatoire en 1996 et le recul de l’âge moyen du mariage : de 25 ans pour les hommes et 22,8 pour les femmes au début des années 1980, il s’établit à 31,5 et 29,5 ans au début des années 2010. Parallèlement, avec la crise, l’accès à l’indépendance professionnelle, financière et familiale est repoussé : la jeunesse en est étirée d’autant. Agence Rol. Source gallica.bnf.fr, domaine public 14 dossier : Jeunes en 2016 Sainte Catherine, 1909


de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016
To see the actual publication please follow the link above