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de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

Étudiants pendant la mi-carême en 1920 Catherinettes, place Vendôme, à Paris, 1922 Des jeunesses 15 La jeunesse est un âge social, de surcroît, parce que socialement différencié. Selon l’appartenance, elle n’est pas vécue, pensée, ni perçue de la même façon. Quoi de commun, en effet, au cours du siècle dernier, entre les jeunes travailleurs, à la terre et à l’usine, et les étudiants issus des milieux les plus favorisés ? Les premiers connaissent des semaines de travail qui peuvent aller jusqu’à quarante-cinq heures et servent souvent de variable d’ajustement ; ils et elles subissent en outre des « abattements d’âge », amputant leur salaire au nom de leur jeunesse : il y a là un préjudice de l’âge. Les seconds sont très longtemps minoritaires dans la société : en 1968 encore, les étudiants représentent 12 % d’une classe d’âge seulement. Depuis, la prolongation des études a vu cette situation évoluer : en France, on comptait moins de 30 000 étudiants en 1900, 70 000 au milieu des années 1930, 100 000 après la Seconde Guerre mondiale, 500 000 en 1968 et 2,4 millions désormais. Il n’en reste pas moins que, même parmi les étudiants, les contrastes sociaux demeurent, empêchant d’y voir une jeunesse homogène et unifiée : moins de 25 % des jeunes dont les parents sont ouvriers ou employés décrochent un diplôme, contre 80 % des jeunes dont les parents sont cadres, enseignants ou membres de professions libérales. ➩suite du dossier Une culture commune Pour autant, les jeunes partagent bien des traits communs – et ce de plus en plus pour des raisons sociales, économiques et culturelles. Depuis les années 1970, le chômage des jeunes ne cesse de progresser et c’est une menace pour tous même s’il frappe davantage les non diplômés. Les jeunes sont aussi touchés de plein fouet par la précarité, la flexibilité, le décalage entre la prolongation de la formation et le déclassement professionnel. Les politiques publiques jouent en la matière un rôle ambigu : si elles entendent lutter contre le chômage, en multipliant les contrats à faible durée et mal payés, « emplois jeunes » différemment déclinés, elles contribuent à entériner la précarité. Mais les jeunes partagent heureusement d’autres repères, une culture commune notamment. Or ce phénomène est lui-même récent. Il faut en effet à cela certaines conditions économiques et techniques : l’argent de poche à partir des années 1960 et une certaine croissance qui lance de nouveaux marchés, dont la jeunesse devient une cible. Émissions, magazines, modes vestimentaires contribuent à cette nouvelle ère. C’est le temps du rock, des yéyés et de « Salut les copains ». Avec le temps et la succession des générations, le rock qui naguère concernait surtout les jeunes devient une culture largement diffusée. En revanche, l’écart générationnel naît de musiques nouvelles comme le hip-hop, la techno et le rap, et de certaines sociabilités : « festivals techno », « free » et « rave parties », que leurs participants conçoivent comme des espaces d’hédonisme, de transgression et de liberté. Enfin, si la progression spectaculaire d’Internet en fait un « média à tout faire », c’est chez les jeunes que son usage est le plus fréquent et le plus diversifié. C’est aussi parmi les jeunes que son utilisation est la moins socialement différenciée : là où les ouvriers et employés en activité sont deux fois moins internautes que les cadres (l’écart allant de un à treize pour les retraités), leurs enfants ont des pratiques quasiment similaires en la matière. « La jeunesse », en tous ces points, existe bel et bien. Ludivine Bantigny, historienne


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