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de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

17 dossier : Jeunes en 2016 ➩suite du dossier Christopher Dombres, Flickr (CC BY 2.0) Indépendance et autonomie L’indépendance résidentielle des jeunes Français est relativement précoce par rapport à celle de leurs homologues européens, même si elle tend à être plus tardive qu’auparavant. Cette précocité relative s’explique largement par le droit ouvert dès 18 ans aux aides au logement. L’âge médian du départ du domicile familial (autour de 24 ans pour les hommes et de 23 ans pour les femmes) renvoie à un long et progressif accès à l’indépendance. Quand celui-ci se prolonge, il accentue le sentiment de déclassement social. L’indépendance précoce est la norme valorisée par les parents comme par les jeunes. Par contre, les moyens de l’autofinancement arrivent assez tard dans les trajectoires de vie. Les jeunes Français connaissent donc, entre 18 et 30 ans, une période d’entre-deux dont la longueur est liée à de multiples causes : l’emploi ne leur permet pas de financer leur indépendance, les aides d’État sont plutôt faibles (la plupart sont accessibles à partir de 25 ans ou sous conditions particulières), les prêts bancaires et les logements sont difficiles à obtenir sans caution parentale… La gestion personnelle du temps libre et des relations amicales ainsi que la prolongation de la scolarité, qui a contribué à retarder l’entrée sur le marché du travail (et donc l’accès à l’indépendance), expliquent la dissociation entre autonomie et indépendance. Celle-ci se définit à partir de catégories objectives : c’est un état dans lequel se trouve l’individu lorsqu’il dispose de ressources suffisantes pour gérer sa vie sans le soutien financier et matériel familial. Néanmoins, « être dépendant » ne signifie pas nécessairement ne pas être autonome, ni ne pas être adulte. Dans cette situation de tension vers l’indépendance, les jeunes sont donc particulièrement concernés par la recherche de solutions alternatives : cohabitation, colocation, mais également covoiturage, partage des ressources numériques, mutualisation/prêt/location au moins en partie d’outils, par exemple. Se met donc en place pour certains une sorte de réseau de « débrouille » locale sur le mode DIY (do it yourself), qui permet de tenir et de faire face à la situation de crise économique dans laquelle ils grandissent et qu’ils ne veulent plus subir. On voit un peu partout se mettre en place des associations locales, collectifs, fab lab et autres mouvements permettant à la fois de donner du sens à sa vie mais également de s’investir et de pouvoir observer ou bénéficier des résultats dans une temporalité courte. Composer avec des injonctions contradictoires Dans ce contexte, les jeunes doivent faire face à une série d’injonctions contradictoires : on attend d’eux qu’ils participent en tant que citoyens à vie de la société (participation électorale, engagement associatif, etc.), on les considère pénalement responsables de plus en plus tôt (voir l’évolution des lois concernant les mineurs), mais ils sont maintenus dans une situation de dépendance familiale. On demande aux jeunes de s’investir, mais avec une idée bien précise des domaines où ils doivent le faire. L’implication dans le numérique, loin des standards scolaires, leur est bien souvent reprochée. Ces contradictions contribuent à les maintenir dans une situation de dépendance, d’autant plus problématique pour ceux dont les liens familiaux se sont distendus. Difficulté supplémentaire, ces derniers, qui n’ont pas les ressources pour s’adapter et répondre aux injonctions sociales, sont bien souvent considérés comme responsables de leur échec. Le vécu des jeunes et leur parcours sont ainsi le résultat de l’articulation entre leurs ressources sociales et leur capacité à s’adapter aux normes de la société. Ils sont tenus pour responsables de leurs choix individuels et doivent en assumer les conséquences, alors que ces choix résultent en grande partie d'un déterminisme social. Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue, chargée d’études et de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, associée au CERLIS


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