Sortis de la ZEP, par Barbara, Camille, Hélène, Marie-Amélie, Nezha et Nicolas

de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

« Au stade de la résidence où j’habite. Ce fauteuil n’avait strictement rien à faire ici ! Pour moi, il symbolise l’inaccessibilité des études " prestigieuses " pour certains jeunes. » Sor tis de la ZEP 19 dossier : Jeunes en 2016 ➩suite du dossier Marie-Amélie, Hélène, Nezha, Nicolas et Barbara ont entre 20 et 30 ans. Il et elles sont en train de construire leur avenir, avec une détermination communicative. Témoignages recueillis par la Zone d’expression prioritaire (ZEP), média web et participatif. Ils sont illustrés de photographies réalisées et commentées par Camille. Le courage de tout quitter C’est latent, ce genre d’envie. Ça émerge, doucement, par vagues. Et si on partait au bout du monde ? À chaque contrariété, ça revient. Mais bon, on est jeune. Et puis on est bien chez les parents. Et partir pour faire quoi ? Avec quel argent ? Sans les proches ? Jusqu’au jour où ça devient si pressant qu’on ne pense plus qu’à ça… Et on en parle à ses amis. À partir de là, impossible de faire marche arrière. Premier contact, en larmes ! Le journalisme me passionne, l’Afrique du Sud m’attire, qu’à cela ne tienne, je pars au Cap dans une rédaction associative. Je fais les démarches après avoir fait des économies et la quête auprès de ma famille. Tout s’enchaîne très vite. Le temps de fanfaronner et pouf, on se retrouve de l’autre côté de la vitre à l’aéroport. Quelle angoisse ! Les seize heures d’avion passent. Plus le temps file, plus je me rends compte de la radicalité de mon choix. Et j’arrive en Afrique du Sud. On me parle, je ne comprends rien. La panique totale. Arrivée dans ma famille d’accueil, je craque, littéralement. Je pleure toutes les larmes de mon corps en me demandant ce que je fais là. Pam, la femme avec qui je vais partager ces trois longs mois me regarde, un peu éberluée. Elle tente de m’apaiser mais on ne se comprend pas. Les larmes sont universelles, mais avouez qu’il y a mieux comme premier contact ! Ivre de ce voyage… Je me suis reprise et j’ai tout recommencé de zéro au Cap. J’ai eu la chance inouïe de vivre pendant trois merveilleux mois des découvertes à n’en plus finir. J’ai vu Desmond Tutu de mes propres yeux, j’ai grimpé Table Mountain, j’ai vu le soleil se coucher à la pointe de la pointe du continent africain, je me suis liée à une famille vivant à l’autre bout du continent, j’ai été sur les traces de Nelson Mandela, je suis allée dans les geôles d’un pays qui se reconstruit, je me suis fait violence dans le plus grand township du Cap et j’ai foulé le sol de mes héros : João Silva, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek et Kevin Carter. Quatre journalistes sud-africains qui officiaient dans les townships durant la période post-apartheid. Tout est passé si vite et plus d’un an après, je ne réalise pas encore ce que j’ai vécu là-bas. Alors non, je n’ai pas grandi, je n’ai pas mûri et je n’ai pas changé, mais je suis encore ivre de ce voyage et du courage que j’ai eu de tout quitter.  Marie-Amélie, 23 ans, étudiante en master de communication, Paris © Bertrand Meunier / Tendance Floue


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