Elle court, elle court, la jeunesse !, par Aurélie Charon

de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

« De Marseille à Calais, de Nantes à Clermont-Ferrand, il y a dans les vies le contraire de la fatalité, l’action. » *À écouter : www.franceinter.fr ele cour t, ele cour t, la jeu nese  ! Depuis cinq ans, tous les étés, Aurélie Charon réalise, pour France Inter, des séries documentaires sur la jeunesse dans le monde. En 2015, après l’Europe, le Maghreb et le Moyen- Orient, « Une série française » a sondé l’imaginaire et le quotidien de la jeunesse française. La journaliste a rencontré des jeunes plus engagés et plus politisés qu’on ne les imagine. Ils m’ont dit : « mais pourquoi on aurait confiance en toi ? ». Ils étaient fatigués qu’on parle à leur place. « Comment être sûrs qu’on ne va pas nous ranger dans une case, nous définir en trois mots ? », semblaient-ils dire. De Marseille à Calais, de Nantes à Clermont-Ferrand, il y a dans les vies le contraire de la fatalité, l’action. Ça ne fait pas de bruit, et pourtant les jeunes Français se disent « révolutionnaires » encore, avec l’envie d’être à la hauteur de leur idée à eux de la France : multiple. En les rencontrant, j’ai eu la sensation de les retrouver, comme si dans notre pays on se perdait de vue, on ne se regardait plus. Chacun dans son quartier, son village, son périmètre, les milieux ne se croisent pas. Mohamed, 24 ans, pion dans le centre de Marseille, me disait : « Il n’y a plus de Blancs au collège, ils sont tous partis. Dans le quartier, ils ne dépassent pas une centaine ». J’ai senti l’urgence de décloisonner les espaces, de faire circuler la parole, de ne pas se replier. Faire sa place Amir a 25 ans, il vit à Paris mais a grandi à Gaza : « J’aime l’Égypte, les Égyptiens sont passionnés par l’avenir. Ici, la jeunesse pense qu’elle n’a pas de rôle à jouer. En France quand on est vieux, on est plus beau, plus riche, alors tu te dis : il va falloir travailler 40 ans pour en arriver là ! ». Certains ont décidé d’y aller. Pierre est un gamin des corons, grandi à Quiévrechain à la frontière belge. « Le maire était là depuis 37 ans. C’était géré d’une main de fer », raconte-t-il. Il s’est présenté. À 23 ans, il a été élu à plus de 60 %, il se dit centre-droit. Octave, lui, a grandi à Hénin-Beaumont et a observé la montée du Front National : « Ici, on est un bastion socialiste, un berceau ouvrier. Mais le Front National a su parler aux jeunes, en les faisant entrer dans le parti. C’est plus efficace que n’importe quel discours de François Hollande à la jeunesse ». Retrouver du collectif Tous ont peur du chacun pour soi. Nour a 23 ans, elle vit à Marseille : « La révolution en Tunisie m’a fait comprendre qu’on peut être maître de son destin. En France, on se repose trop sur nos acquis. Pour la loi sur le renseignement, les gens disent " je m’en fous, je n’ai rien à cacher ". Mais c’est comme dire " la liberté d’expression je m’en fiche, je n’ai rien à dire ! " On devrait se réveiller un peu. » Beaucoup se réveillent, rêvent d’une VIe République, s’inspirent des nouveaux mouvements citoyens en Grèce ou en Espagne. Pour eux, les politiciens sont des fantômes du monde d’hier. Les jeunes Français sont déjà dans le monde de demain, investis dans des groupes d’actions civiques, collectives et créatives ; il va falloir courir pour les rattraper. 22 dossier : Jeunes en 2016 © Une série française, Aurélie Charon - France Inter Fin du dossier


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