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de ligne en ligne n°20 - avril à septembre 2016

*À lire : Barry Miles • Beat hotel : Allen Ginsberg, William Burroughs & Gregory Corso à Paris, 1957-1963 Le mot et le reste, 2011 821(091) BEA • The Beat Generation (anthologie) Flammarion, 2005 821(082) BEA Alain Dister • La Beat Generation : la révolution hallucinée Gallimard, 1997 821(091) DIS *À voir : Beat Generation, exposition du 22 juin au 3 octobre Galerie 1, niveau 6 Expérimentations de groupes C’est au Beat Hotel que Ginsberg écrit des textes majeurs, tels Tante Rose, Au tombeau d’Apollinaire et Kaddish. Gregory Corso y compose son recueil de poèmes Le Joyeux Anniversaire de la mort. Burroughs et Ginsberg y achèvent l’articulation des textes de Tanger. Sur le conseil de Kerouac, qui ne les a pas suivis à Paris, le livre est publié sous le titre Le Festin nu chez Olympia Press. Cet éditeur du Quartier latin publie des auteurs censurés aux États-Unis et au Royaume-Uni – Wilde, Nabokov, Miller, mais aussi Sade et Beckett. La radicalité de Burroughs se nourrit de l’imagination des pensionnaires et d’artistes locaux, tels Jean-Jacques Lebel, Henri Chopin et Bernard Heidsieck. Burroughs applique à l’écriture les techniques du peintre Brion Gysin pour repousser les limites de la page imprimée. Le cut-up découpe puis assemble des bandes de textes différents pour obtenir un texte inédit. Burroughs compose la trilogie Nova – sorte de mythologie de guerre galactique, de foutre et de mort – en télescopant extraits de journaux, textes pornographiques et ésotériques, poèmes de Rimbaud, nouvelles de science-fiction et éléments du Festin nu. L’OEuvre croisée achève d’atomiser le mot et la notion d’auteur : Burroughs et Gysin, assistés du mathématicien Ian Sommerville, de Ginsberg et Sinclair Beiles, mixent cut-ups de textes, photos, peintures et séries de chiffres. Ils y pratiquent aussi le fold-in (pliage d’un texte puis superposition sur un autre texte), le splice-in (tressage de textes) ainsi que les permutations de mots. Les pensionnaires du Beat Hotel appliquent aussi ces techniques à l’image et au son. Leurs photocollages sont photographiés, puis utilisés eux-mêmes en collage jusqu’à ce que l’image originale devienne microscopique, perdue dans le grain du papier photo. Dans son film Cut-ups, le cinéaste Antony Balch superpose trois longueurs de séquences montrant Burroughs et Gysin errant sans fin dans les environs du Beat Hotel. Burroughs et ses amis créent de la poésie sonore en superposant des enregistrements de discours divers, de leurs poèmes et des sons de la rue. Ils montent la performance Le Domaine poétique en 1960. Gysin et Sommerville mettent au point la Dream Machine : cylindre percé tournant à toute vitesse, elle produit des impulsions lumineuses de manière à générer des hallucinations visuelles. Le Beat Hotel ferme au printemps 1963 et laisse place à un hôtel de luxe. Ses pensionnaires continuent leur quête de rébellion ailleurs. Quoique bref – cinq ans à peine – ce séjour parisien fut sans doute le paroxysme créatif de ces artistes jusqu’auboutistes. Les oeuvres collectives et leurs vies chaotiques de cette période contribuèrent, et c’est presque un paradoxe, autant à poser les canons esthétiques de la culture underground des trois décennies suivantes qu’à régénérer le mythe si américain de la liberté individuelle. Aymeric Bôle-Richard, Bpi 29 Fin © First Run Features Fin lire, écouter, voir : Le Beat Hotel légende Séance musicale au Beat Hotel, tenu par Mme Rachou (derrière le comptoir), photographiée par Harold Chapman Images extraites de Beat Hotel (2011), film documentaire d’Alan Governar qui retrace l’effervescence créatrice des artistes de la Beat Generation, à Paris entre 1957 et 1963.


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