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de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

© photo Roberto Pellegrinuzzi Lucie Duval, « Aimer, c’est donner quelque chose que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » (Jacques Lacan) ou Me, Myself and I, 2011, série « Langage ment ». La série « Langage ment » de Lucie Duval est constituée d’images de ciels, en noir et blanc, sur lesquelles l’artiste a écrit au pastel sec, à l’aide de pochoirs, des promesses politiques ou des engagements amoureux. Lucie Duval a ensuite frotté certaines lettres, estompant le texte, brouillant son sens. Au sol, les lettres de plomb semblent décollées du texte. L’artiste nous rappelle ainsi que toute promesse contient en creux son désaveu. Mais aussi, dit-elle, que seuls les actes nous engagent. 13 dossier : L’engagement … au nom Créé au XIIe siècle à partir du verbe, le substantif engagement a suivi une évolution sémantique comparable, selon les deux grandes valeurs. L’emploi propre, tout d’abord, qu’illustre ainsi le dictionnaire de l’Académie française : un engagement du mont-de-piété. D’où le sens plus général, en droit, de « lien dû à une promesse, une convention, etc. en vue d’une action ou d’une situation » : engagement irrévocable, formel, solennel, tacite ; sans aucun engagement. Du lien par contrat, on déduit l’idée d’embauche (une malheureuse actrice sans engagement) et, à l’armée, de recrutement (prime d’engagement). M. de Rênal lui proposant un engagement de deux ans, « Non, monsieur, répondit froidement Julien, si vous vouliez me renvoyer je serais obligé de sortir. Un engagement qui me lie sans vous obliger à rien n’est point égal, je le refuse » (Stendhal, Le Rouge et le Noir). Un terme fort L’emploi dérivé, ensuite, qui désigne l’entrée dans un espace resserré ou une situation difficile, faisant perdre liberté de jugement ou d’action, a été particulièrement fécond. Dans le domaine militaire, tout d’abord, il connaît un sens général (l’engagement de toutes les forces disponibles) et une acception particulière, « combat bref et localisé, escarmouche » (un engagement sans gravité). En philosophie morale, ensuite, l’engagement désigne la participation active, de par ses convictions profondes, à la vie sociale, politique, religieuse ou intellectuelle de son temps : l’engagement sartrien. Le terme est fort, quasi physique : on a vu qu’il désigne d’abord un accès malaisé ou périlleux (la tête du foetus au passage pelvien). Il en reste quelque chose dans l’engagement moral : une entrée dans la mêlée, risquée mais résolue, de tout son être, voire de son corps. C’est Zola en faveur du capitaine Dreyfus, Bernanos contre le franquisme. L’engagement nous engage tout entier. En cas de doute sur son aptitude à l’endurance, préférer le nonengagement, le désengagement voire le prompt dégagement. Bernard Cerquiglini ➩suite du dossier


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