"Ma tante" ne prête pas qu'aux riches !

de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

« MA TANTE » NE PRÊTE PAS QU’AUX RICHES ! Un bijou de famille, une montre en or, des timbres de collection... La liste des objets que l’on peut mettre en gage pour obtenir un prêt d’argent, immédiat et sûr, est disponible sur le site du Crédit municipal de Paris. Cette institution tient son origine dans l’interprétation de la charité chrétienne et dans le souci de maintenir l’ordre social. Sa mission est toujours d’actualité. Lorsque vous demandez un prêt auprès d’un créancier, ce dernier se préoccupe de votre solvabilité et vous demande de vous engager à rembourser le montant qu’il vous prête, augmenté d’intérêts. Si vous n’avez pas de revenus, il vous sera difficile d’obtenir sa confiance... Crédit de charité Pendant longtemps, plutôt que de veiller à ce que les taux d’intérêts soient encadrés et que les prêts soient justes, la doctrine catholique a interdit les intérêts ; ce qui, de fait, empêchait le prêt, en tout cas aux pauvres... Les usuriers non catholiques pouvaient profiter de cette situation pour exiger des intérêts exorbitants. Au XVe siècle, à Pérouse, le moine Barnabé de Terni proposa, pour amortir les effets délétères des taux d’usure, de créer un établissement de prêt sur gage sous le nom de Monte di Pietà – en français, crédit de charité, mal traduit par mont (pour montant…) de piété. Le principe : contre un objet « engagé », on vous accorde un prêt immédiatement et vous n’êtes tenu à aucun remboursement si vous acceptez de vous en séparer définitivement. En France, sous le règne de Louis XIII et la protection de Richelieu, Théophraste Renaudot, médecin du roi et premier journaliste français – à qui on rend hommage depuis 1926 avec le prix littéraire qui porte son nom – ouvre en 1637 un mont-de-piété dans son bureau d’adresse où l’on pouvait trouver des annonces d’emploi. Après la mort de Richelieu, l’établissement doit fermer, n’ayant plus de soutien suffisant. C’est en 1777 que le mont-de-piété est inauguré 16 rue des Blancs-Manteaux. Le lieutenant-général de police Lenoir a su convaincre Louis XVI qu’il fallait limiter le vagabondage. Le succès est immédiat tant le besoin est criant. On raconte qu’une dame venait le matin y engager son matelas. Elle allait ensuite acheter autant de pommes de terre qu’elle le pouvait avec le montant du prêt. Le soir, elle revenait dégager son matelas pour aller dormir en remboursant la somme obtenue le matin. Elle vivait ainsi du petit bénéfice quotidien de son commerce de détail. Un oubli Mais ce ne sont pas que les pauvres qui viennent engager un bien contre un prêt en espèces. En effet, des gens aisés peuvent souhaiter obtenir quelques liquidités en ayant l’assurance que cela se fera en toute discrétion. Ainsi, le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, à qui sa mère, la reine Amélie, demandait ce qu’il avait fait de sa montre, eut cette réponse qui fit bien rire les Parisiens : « Ha, je l’ai oubliée chez ma tante ! » En réalité, il l’avait mise « au clou » pour honorer une dette de jeu, ce qu’il ne pouvait avouer à sa mère. L’institution avait trouvé son surnom. En 1918, le mont-de-piété devient le Crédit municipal de Paris, sis 55 rue des Francs-Bourgeois, et garde jusqu’à présent cette activité de prêt sur gage. Il en a le monopole ainsi que tous les crédits municipaux de France. 14 dossier : L’engagement Source BnF Gallica – Domaine public


de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017
To see the actual publication please follow the link above