Page 17

de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

(CC0 1.0) Unsplash Retourner la justice contre l’État Ainsi peut apparaître la réversibilité du droit, c’est-à-dire la possibilité de mobiliser sa force contre le pouvoir politique et de retourner la justice contre l’État. Qu’il s’agisse des droits civiques ou des droits des femmes, des campagnes antinucléaires ou environnementalistes ou bien encore de la lutte contre l’élevage intensif ou les OGM, on ne compte plus les causes où le droit est le lieu même du combat. Leurs avocats conjuguent désormais défense, devoir de conseil et engagement. À côté d’eux, se tient une magistrature syndicalement engagée et une presse capable de les entendre et de porter leur voix. Manoeuvré par de tels acteurs, le droit devient le « bouclier » de la cause défendue et non plus « l’épée » du pouvoir. Le procès est une tribune, une occasion de montrer sa solidarité. Les micros qui se tendent à la sortie du prétoire permettent de contester bruyamment les décisions prises et d’en proposer d’autres. Ainsi, la société plaide, agit, se recompose dans des scènes d’explication collective qui permettent de revivifier le débat démocratique. Désobéissance civile L’engagement, en pénétrant la société démocratique, prend de plus en plus la forme de la désobéissance civile. En témoignent tous ceux qui viennent en aide aux immigrés clandestins ou aux enfants menacés d’expulsion au nom de la solidarité. Le Réseau éducation sans frontières (RESF), par exemple, appelle ses membres à se constituer « prisonniers volontaires » pour afficher leur solidarité. Peu importe les éventuelles poursuites judiciaires si tel est le prix à payer pour faire avancer leur idéal. Quant aux lanceurs d’alerte, ils prennent le risque de révéler une information qu’ils détiennent sous le sceau du secret dès lors qu’ils y voient un scandale moral. Ce ne sont ni des dissidents ni des révoltés. Ils restent dans le système dont ils veulent rétablir l’intégrité. Ils transgressent la loi par respect pour les principes constitutionnels. Leur refus d’obéir cache une fidélité paradoxale à la loi, une loi éclairée mais interprétable. Au-delà, ils communiquent l’intensité de leurs convictions citoyennes à ceux susceptibles d’éteindre leur conscience morale. Leur combat – souvent chèrement payé – est mu par l’espérance de faire entendre leur aspiration à une nouvelle délibération politique. Manière de dire que la démocratie est une construction fragile, faillible et sans cesse à réinventer. 17 dossier : L’engagement Photographie prise lors de la marche des femmes, organisée le 21 janvier 2017, à Washington Denis Salas, directeur des Cahiers de la justice (Dalloz) ➩suite du dossier


de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017
To see the actual publication please follow the link above