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de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

© photo Éric Thauvin, AFD On imagine assez bien que vos études religieuses et de grands théologiens ont pu nourrir votre réflexion économique, mais l’économie a-t-elle joué un rôle dans votre engagement religieux, nourri votre foi ? Bien sûr. Cela va dans les deux sens. Mon travail comme économiste jette une lumière spécifique sur les questions de théologie. Par exemple, je travaille beaucoup avec mes équipes à l’Agence française de développement sur la thématique des biens communs et je mène aussi une réflexion en théologie sur ce que cela veut dire de partager les ressources, le travail, la monnaie. Il y a un va-et-vient entre ces deux regards sur le réel. Votre engagement religieux vous a-t-il fait renoncer à quelque chose d’important ? J’ai renoncé à un poste de trader dans une banque à New York. J’ai refusé cette offre de travail pour pouvoir devenir jésuite. Mais ça, ce n’est pas un truc très important auquel j’ai renoncé. Le fait de ne pas me marier et de ne pas avoir d’enfant, c’est beaucoup plus important. Cela dit, se marier avec Jean-Jacques ou Caroline, c’est aussi renoncer à épouser tou(te)s les autres ! Il n’y a pas de choix véritable sans renoncement. 21 dossier : L’engagement Quelle est la spécificité des jésuites par rapport à d’autres religieux catholiques ? Nous sommes des religieux qui recevons une mission « apostolique  » dans le monde. Alors que les moines ont pour mission d’être dans un monastère, nous avons comme mission d’aller travailler dans le monde avec les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Nous ne faisons pas voeu de stabilité, nous n’avons pas d’habit monastique, et nous pouvons faire tous les métiers – honorables – du monde. Cet envoi en mission, qui se concrétise notamment par un voeu spécial d’obéissance aux missions que nous confie le pape, c’est notre manière à nous de participer à la venue du royaume de Dieu dans notre société. Les jésuites ont une longue tradition éducative, vous-même enseignez l’économie. Considérez-vous que l’acte d’enseigner fait partie de votre engagement religieux ? Absolument ! Même si, lorsque j’enseigne, je ne dis pas nécessairement un seul mot concernant la religion, je suis convaincu que les prises de position que j’adopte sur le fond de ce que je transmets, par exemple en faveur de la transition écologique aujourd’hui, et la manière dont j’essaie d’être attentif à mes étudiants sont une façon d’accomplir ma mission. Propos recueillis par Marie-Hélène Gatto, Bpi ➩suite du dossier


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