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de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

25 dossier : L’engagement Comment articulez-vous la notion de design avec l’engagement individuel de chaque citoyen ? Dans mon travail, je m’interroge sur les conditions qui permettent à une conviction d’émerger ou de simplement s’exprimer. Aujourd’hui, on se rend compte que beaucoup de gens ont envie de faire autrement, mais pour des questions de design, ils ne le font pas. Effectivement, l’alternative est souvent plus compliquée, moins belle aussi. Il y a tout un tas de paramètres de l’ordre du sensible ou de l’irrationnel qui rendent ces alternatives responsables beaucoup moins pratiques. Alors, comment arriver, par un outil ou une solution technologique simples, à passer de la prise de conscience à la mise en pratique ? Reprenons l’exemple d’Amazon, c’est un bijou d’usage : on peut acheter en un clic, payer en un clic, notre adresse et notre carte bleue sont déjà configurées. C’est tellement simple ! Lorsqu’on cherche un livre sur Google, le premier résultat, c’est Amazon. L’idée d’Amazon Killer, c’était donc de créer une sorte de bretelle de sortie. On vient perturber en prenant en compte les problématiques d’usage et la quête de la facilité. Après, on ne peut pas décider quel sera l’usage, on met à disposition, on crée une potentialité. Au fond, la posture du designer, c’est aussi de prendre en compte notre médiocrité. Par principe, personne n’a envie de changer ses habitudes. Comment fait-on pour qu’une nouvelle pratique soit adoptée par plein de gens ? On leur facilite la tâche, on fait en sorte que ce soit naturel. Un objet majoritaire, c’est un objet qui est conçu pour être utilisé massivement, et ça nécessite du design. Vous revendiquez donc une politique du « faire » ? Aujourd’hui, pour plein de gens, mettre un bulletin dans une urne n’a pas vraiment de valeur, parce que ce ne sera pas suivi d’effet. En revanche, beaucoup retrouvent le goût de la pratique politique par le « faire » : de moins en moins de jeunes votent, mais de plus en plus arrêtent de manger de la viande. Pour moi, c’est symptomatique : il y a un glissement dans l’engagement, qui se manifeste à d’autres endroits. C’est très compliqué de changer le monde… C’est beaucoup plus simple de se changer soi-même, et si chacun le fait, alors on a changé le monde. Je crois beaucoup aux groupes humains qui se mettent ensemble et qui discutent. Et je crois aussi à l’État, très interventionniste, je pense qu’on a besoin de réglementer la société, sinon c’est l’économie qui gagne, c’est l’économie qui dirige le sens de l’histoire. Propos recueillis par Floriane Laurichesse, Bpi Fin du dossier L’application 90 jours propose des actions concrètes, réalisables par tous, pour modifier son comportement et passer de la prise de conscience à la mise en pratique


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