venez : Monsieur le (futur) président de la République, par Farah D.

de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

31 venez ! : Monsieur le (futur) président Fin Unsplash (CC0 1.0) venez ! Présidentielle : c’est par où la jeunesse ? Lundi 3 avril 17 h, Petite Salle MONSIEUR LE (FUTUR) PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, VOILÀ CE QUE J’ATTENDS DE VOUS… C’est connu : les jeunes ne s’intéressent pas à la politique ! Et si c’était l’inverse ? Et si c’était les hommes et les femmes politiques qui, en dehors des périodes électorales, ne s’intéressaient pas aux jeunes, à leur quotidien, à leurs difficultés, à leurs espoirs ? À l’approche des élections, lors de la rencontre organisée par la Bpi et Zone d’expression prioritaire, les jeunes prennent la parole, comme Farah qui interpelle le futur président. Quand je me suis posé la question « qu’est-ce que j’attends d’un président ? », je me suis d’abord demandé ce que j’étais en droit d’attendre de lui. Puis, m’est venu à l’esprit que si moi, citoyenne, je votais pour lui, c’était à lui de se donner les moyens de ce qu’il me promettait, et non pas à moi de cadrer mes attentes, de les réduire ou de les limiter. Monsieur le président, c’est quoi vivre en banlieue ? J’ai ensuite pensé à ma banlieue où j’ai grandi. Je croisais tous les jours de jeunes ados en train de s’insulter ou de se battre comme si c’était anodin. Ils ne le savaient pas, mais ils devenaient eux-mêmes leurs propres caricatures et ils allaient rester exactement là où on les attendait : c’est-à-dire pas bien haut dans l’échelle sociale, parce que d’autres n’avaient pas daigné leur donner les moyens de la monter. Et à cause de quoi ? J’aimerais poser la question directement à mon président. Qu’il me dise ce qu’il pense de ce que c’est que de vivre en banlieue et de n’avoir pas de famille qui vous offre le vocabulaire, les livres, la culture, la musique, qui vous fasse parler et penser autrement, aller vers un autre destin que celui qui vous condamne d’avance. Monsieur le président, donnez-nous les moyens de rêver ! J’aimerais aussi lui demander, à ce président, s’il se rend compte que ce n’est pas seulement l’histoire de jeunes en train de se rouer de coups qui se joue là, maintenant, au coin de la rue dans laquelle il ne va jamais, mais bien l’histoire d’une nation entière. Je voudrais savoir s’il sait ce que c’est que l’horreur de n’avoir aucune perspective d’avenir, lui qui est arrivé là où il en est. Qu’il nous donne les moyens de rêver ! Car comment en serait-il arrivé là où il en est si on ne l’avait pas laissé rêver lui aussi ? Si on lui avait dit : « Toi, président ? Jamais. » Je ne veux pas seulement les promesses d’un avenir meilleur. Je veux un présent qui soit possible, là, maintenant. Un présent qu’on bâtirait nous-mêmes, qui nous réjouisse, qui nous donne le goût de nous battre, parce qu’il faudra bien qu’on en ait envie pour prendre le relais et construire ce monde ensemble. Farah D., 22 ans, étudiante en droit, Paris Extrait d’un texte publié initialement par Zone d’expression prioritaire, ww.zep.fr


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