venez : Profession diplomate, entretien avec Christian Lequesne

de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

32 venez !  Profession : diplomate venez ! Cycle Enjeux internationaux Secrets diplomatiques Lundi 24 avril 19 h, Petite Salle Pendant trois ans, Christian Lequesne a observé au Quai d’Orsay les pratiques de ceux et celles qui représentent la France à l’étranger. Il nous fait découvrir le métier de diplomate, une profession méconnue encore auréolée de gloire et directement en prise sur les questions internationales. Le diplomate a-t-il vraiment perdu le monopole de la négociation et de la conception des relations internationales ? Il n’a plus le monopole. Mais l’a-t-il déjà eu vraiment en totalité ? N’oubliez pas que les relations internationales ont été historiquement une affaire de rois, d’empereurs, d’émissaires des présidents avant d’être une affaire de diplomates professionnels. Ce qui caractérise la période contemporaine, c’est la diversité des acteurs en jeu et des scènes de négociation. Mon collègue australien Geoffrey Wiseman appelle cela « le polylatéralisme de la diplomatie ». Diversité à l’intérieur des appareils d’États : ministères, agences, administrations variées. Diversité à l’extérieur : ONG, organisations internationales, personnes éminentes qui deviennent les ambassadeurs d’une cause. Il reste au diplomate la légitimité de représenter l’État qui reste un acteur reconnu légitime par le droit international, mais qui est loin d’être le seul. Quels sont les nouveaux acteurs qui le concurrencent dans ce rôle aujourd’hui ? Il y a deux types de concurrents. Au sein de l’appareil d’État, toutes les autres administrations ont des compétences en matière de diplomatie. Prenez les négociations à Bruxelles : ce ne sont pas que les agents du Quai d’Orsay qui y négocient, mais tous les ministères des vingt-huit États membres. Il y a les chefs d’État et de gouvernement qui se réunissent en sommet, mais aussi les banques centrales, les parlements. À l’extérieur, ce sont les entreprises qui font de la diplomatie économique, les ONG et les associations et, bien entendu, l’individu qui est un acteur des négociations internationales. Le profil du diplomate a-t-il beaucoup changé ? La profession s’est-elle féminisée, diversifiée socialement ? Tout dépend des pays. En France, oui certainement. Le diplomate n’est plus seulement un enfant de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Il a un profil plus méritocratique. Il n’est pas non plus forcément un fils d’ouvrier ou de petit employé, mais cette catégorie est sous-représentée dans toute la haute fonction publique d’État. Au Brésil, la diplomatie recrute beaucoup encore dans les classes supérieures blanches. Les politiques de discrimination positive (affirmative action) visant à recruter un quota de personnels « afro-descendants » ont commencé il y a à peine plus de dix ans au Brésil. Vous avez raison d’insister sur la féminisation de la profession. Ce métier au référentiel très masculin (celui du héros chaussant les bottes du terrain) s’ouvre de plus en plus aux femmes dans toutes les diplomaties contemporaines. Cependant, celles-ci n’ont pas encore atteint au même titre que les hommes tous les sommets de la hiérarchie. En France, il n’y a jamais eu d’ambassadeur femme à Berlin, à l’ONU ou à Washington. Mais cela change ! C’est dans les pays d’Europe du Nord que l’équilibre hommes-femmes est le plus satisfaisant dans les emplois supérieurs de la diplomatie, et du reste dans les emplois en général. PROFESSION : DIPLOMATE Quai d’Orsay de Christophe Blain et Abel Lanzac


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