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de ligne en ligne numéro 23 - avril à septembre 2017

le rebelle et les autres révolutionnaires enragés s’en prennent à lui et le font tomber avec le tabouret de bois. Pressentant ce qui va se passer, l’architecte se jette par la fenêtre de son bureau, situé au sommet de l’immeuble. Désolé d’avoir cassé tous ces tabourets dans notre livre, monsieur Aalto. Un tabouret Alvar Aalto pour Finmar des années 1930 peut valoir en fait 3 000 euros, mais dans notre livre les tabourets sont omniprésents et servent d’ersatz de matraque. Ce sont d’élégants substituts. Ils adhèrent à la théorie économique des lois de l’utilité marginale décroissante : chaque nouveau tabouret donne moins de plaisir que le précédent. Ils sont donnés aux sans-abris en guise de paiement pour leurs appartements, ce qui fait que cet objet emblématique au design fonctionnel et stylistique cesse d’être un produit élitiste pour devenir un argument dans une négociation entre oligarques urbains et expropriés. Nous nous servons du tabouret comme d’un objet de révolte et de changement. C’est le chouchou des rebelles qui s’opposent à une modernisation au mépris du passé et de la mémoire collective de leur ville bien-aimée. Asseyez-vous bien avant de lire. Viken Berberian 9 inédit : Le tabouret d’Alvar Aalto Fin


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