Accéder à la page Publics handicapésAller au contenuAller au menuAller à la recherche
Les dossiers

Cosplay By Angel James de Ocampo (Paris Manga 9) [CC-BY-2.0]
Le cosplay qui est composé des mots anglais "costume" et "playing" consiste pour l’Otaku à arborer en public un costume afin de gommer la frontière qui sépare l’univers de ses héros de sa propre vie.
Pour tout étranger, le Japon représente le pays des rites et des coutumes. Tout y est rite : la cérémonie du thé, appelé aussi chanoyu, l’écriture, l’Ikebana ou art des bouquets.
Il est donc aisé de comprendre que la passion dévorante de certains pour le manga passe aussi par une extériorisation et une ritualisation de ses codes.
En sachant toutefois que le cosplay japonais est considéré comme un phénomène récent (1990-1999).
Le cosplayer met particulièrement l'accent sur la plus grande ressemblance possible au modèle, qu’il soit héros de manga, de jeux vidéos ou star de la musique.
Ses poses doivent se rapprocher de l'apparence et des poses du personnage original et son costume sera fabriqué de ses mains, s'il veut être accepté par la tribu.

Un essai du philosophe japonais Hiroki Azuma, Génération Otaku : les enfants de la postmodernité, prend très au sérieux ce phénomène en analysant les produits qui façonnent cette culture et y décelant certaines des grandes caractéristiques de la postmodernité, à savoir une perte des repères, l’oubli des grands récits, l’effacement de la frontière entre l’original et sa copie, entre auteurs et consommateurs, et l’émergence de la création en réseau.
[ Génération Otaku : les enfants de la postmodernité, Hiroki Azuma, Hachette, 2008. A la Bpi, niveau 2, 301.45 AZU]

Dans la revue Adolescence, l’article de Joëlle Nouhet-Roseman «Mangamania et cosplay », p. 659-668, rappelle qu’aujourd’hui encore, de l’école maternelle à l’université, les enfants et les adolescents japonais sont vêtus d’uniformes et, dans les entreprises, les employés portent tous le vêtement de travail correspondant à leur fonction.
Dans ce pays, où la façon de s’habiller indique l’identité, le cosplay paraît avoir une fonction particulièrement excitante permettant, pour un temps, de transgresser certaines limites.
[Revue Adolescence n°53. A la Bpi, niveau 2, 153(0) ADO]
Le film The Taste of tea (Cha no aji, 2004) de Katsuhito Ishii, fortement imprégné de culture Manga, nous narre les petits tracas de la vie quotidienne de la famille Haruno et nous permet, dans une scène clin d’oeil, de rire des déboires de deux cosplayers dans un train.

Photo Cécile Desauziers, Bpi [CC-BY-NC-2.0]
Lucille est en première littéraire. Elle a découvert les mangas en quatrième, avec Naruto qu'une amie lui avait prêté. A l'époque, elle avait apprécié l'action, les personnages, et le fait de découvrir « un nouveau genre de livre ». Passionnée de cette série, où elle préférait Sakura, la jeune fille maladroite à laquelle elle s'identifiait, comme à toutes les jeunes filles maladroites typiques des mangas. Elle a décroché ensuite, trouvant que le rythme de Naruto s'essoufflait, et surtout, que ce manga est devenu trop connu, trop commercial.
Lucille aime en effet se démarquer en cherchant et trouvant des mangas inconnus, pas encore parus en France, et connaît énormément de titres. Elle préfère les mangas des Clamps, notamment pour la qualité des dessins, qui est un des critères qu'elle mobilise principalement pour expliquer ses goûts et dégoûts.
Surtout, Lucille a développé depuis deux ans une passion pour le cosplay : elle qui était spectatrice s'y est lancée, grâce à une amie. Depuis, elle fréquente assidûment les salons, et se présente aux concours, en moyenne une fois tous les deux mois. Elle a été présélectionnée pour un concours de cosplay, où les mangakas des Clamps elles-mêmes faisaient partie du jury.
La pratique du cosplay a transformé le goût de Lucille pour les mangas en véritable passion. Sa chambre est ainsi pleine de morceaux de tissus, de DVD de mangas, et les posters de Black Butlery ont remplacé ceux de Naruto.

Reading Manga, photo de Janne Moren [CC-BY-NC-2.0]
Kader est en troisième. Il a découvert les mangas en 6e, sur les conseils d'un ami de sa classe. Le premier manga qui lui a été recommandé était Naruto, et Kader, qui lisait auparavant des bandes dessinées (Titeuf. Spirou. Largo Winch ), s’est converti au manga et en achète régulièrement : « je préfère les acheter parce que je sais qu'ils sont à moi et que je peux y revenir plusieurs fois, et deux semaines après les rendre, heu, ça m'intéresse pas en fait. Je préfère les garder, prendre mon temps, lire. Comprendre l'histoire. Et après, ouais, les garder chez moi. ». Il possède ainsi plus de cent mangas, et une bonne vingtaine de figurines dérivées de cet univers.
Kader discute avec ses copains de mangas, ils sont en effet une dizaine dans sa classe à partager ce goût : commentaires des nouveaux tomes parus, conseils de lecture, prêts, sont ainsi au cur de leurs relations amicales, marquées notamment par la figure de deux connaisseurs « fans depuis longtemps ».
Ces échanges dépassent le simple cadre scolaire, les mercredis « on va chez quelqu'un et on s'échange les livres, on les lit chez l'autre, et on parle en fait. On discute. ».
Si Kader suit une quinzaine de séries, et lit notamment Love Hina, Negima, Death Note, Kyo, Naruto reste son manga préféré, pour l'action, pour les dessins, mais surtout parce que le personnage lui fait penser à lui-même : « Il fait beaucoup de conneries. Comme moi. »
S'il s'identifie à Naruto, et apprécie que celui-ci soit passé de l’âge de 12 ans à l’âge de 16 ans au cours de ses aventures (quasiment comme lui).
Son personnage préféré est néanmoins Sasuke, qu'il admire pour « sa classe » et « son calme », ainsi que pour sa force et son côté obscur : « Il devient méchant, ça j'ai bien aimé. J'aime bien quand y'a pas que des gentils ».
Kader a créé un groupe sur Facebook, de « fans de Naruto », qui a dépassé la barre des 2000 «amis», et grâce auquel il a fait de nouvelles connaissances.
Quand il lit, Kader s'imagine se téléporter, comme Son Goku de Dragon Ball Z, ou cracher des boules de feu, comme Sasuke de Naruto, mais ça, il n'en parle pas avec ses copains…
Quand les passionnées se retrouvent et créent leurs propres mangas...
Au Japon
Le manga représente 40 % du marché de l’édition japonaise.
3 éditeurs concentrent 75 % des publications.
Les ventes de mangas connaissent récemment un léger recul expliqué par le glissement des fans vers les jeux vidéo et Internet.
En France
1520 titres publiés en 2011 soit environ 40% des bandes dessinées publiées en France.
Sur 10 bandes dessinées vendues, 4 sont des mangas.
3 éditeurs concentrent plus de 60% des ventes.
10 séries assurent 50% des ventes.
© Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée)

Les Mangados, lire des mangas à l’adolescence, Christine Détrez, Olivier Vanhée, Les éditions de la Bibliothèque publique d’information, 2012.
La nouvelle enquête de la collection Etudes et recherche,
pour comprendre ce qui pousse un adolescent ou une adolescente à lire des mangas aujourd'hui et au-delà du manga lui-même, comprendre le ressort des pratiques de lecture adolescentes.
Plus d'information sur le site des éditions de la bibliothèque.