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Les dossiers
La Religieuse de Diderot inspire metteurs en scène et cinéastes qui donnent un éclairage personnel à l'histoire de Suzanne, enfant illégitime, contrainte par sa mère à entrer au couvent pour expier une faute dont elle n'est pas responsable.
Didier Abot [CC-BY-ND-NC-2.0]
Nous vous proposons de redécouvrir La Religieuse à travers deux adaptations cinématographiques : l'adaptation de Jacques Rivette qui fit scandale en 1966 et, en 2013, le regard porté par Guillaume Nicloux sur la lutte d'une jeune femme pour retrouver sa liberté.
En 1963, La Religieuse est adaptée au théâtre par Jean-Luc Godard, avec Anna Karina dans le rôle de Suzanne. Puis, en 1965, suit une adaptation au cinéma par Jacques Rivette et Jean Gruault, véritable transposition
cinématographique de la pièce de théâtre, qui se révèle aussi dans la manière
de filmer, la caméra face à Suzanne, avec un éclairage très marqué.
Comme le dit Rivette, "j'ai eu envie de filmer la pièce et que par moments, elle devienne film, mais en restant inscrite à l'intérieur d'une représentation théâtrale [...] Pour moi, c'est resté un film sur une pièce".
"Mesure pour mesure: théâtre et cinéma chez Rivette" par Alain Méni
dans Jacques Rivette : critique et cinéaste
Suzanne Liandrat-Guigues, Ed. Lettres modernes, 1998
A la Bpi, niveau 3, 791.6 RIVE 2
Jacques Rivette, secret compris
Hélène Frappat, Paris : Cahiers du cinéma, 2001.
Jacques Gruault évoque le travail d'adaptation pour le théatre de la Religieuse (p. 127-132)
A la Bpi, niveau 3, 791.6 RIVE 2
Contre toute attente, alors que la pièce de théâtre ne déclenche pas de réactions, l’annonce du tournage entraîne la protestation d’associations catholiques qui jugent le film anticlérical. L'office catholique du cinéma et l'Union des Supérieures majeures se mobilisent et font signer des pétitions pour interdire le film qui porte atteinte à l'ordre moral. La Présidente de Supérieures majeures de France écrit à Alain Peyrefitte, alors Ministre de l'Information, et parle d'un film blasphématoire qui déshonore les 120.000 religieuses de France.
Même si La Religieuse de Rivette met en lumière la pratique des vocations forcées et des fausses vocations, et la décadence des moeurs dans certains couvents au 18e siècle, c'est surtout l'évocation de l'homosexualité féminine qui fait scandale. Le contexte de cette campagne de pétitions est également très particulier. On est à trois jours seulement de l’élection présidentielle. De Gaulle
remporte le premier tour des élections et se retrouve face à François Mitterrand. Dans le même temps,
le Concile Vatican II se termine et proclame l’ouverture du
catholicisme aux expressions de la modernité et du monde non chrétien.
Le 31 mars 1966, Yvon Bourges, nommé secrétaire d’Etat à l’Information depuis trois mois, interdit Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot alors que le film a obtenu un avis favorable de la commission de contrôle, avec une restriction pour les moins de 18 ans. Cette interdiction, contre l'avis de la Commission de contrôle cinémathographique, donne lieu à de virulentes réactions dans le monde du cinéma et des intellectuels. C'est le point de départ du scandale autour de La Religieuse de Rivette. Godard écrit une lettre ouverte au "ministre de la
kultur" André Malraux, et parle de la "censure, cette Gestapo de
l'esprit". Le Manifeste des “1789” est lancé par Georges de Beauregard, producteur du film, au nom de la liberté d’expression ; il recueille des signatures de tous les
horizons politiques et même du clergé. Les évêques Mrg Delarue et Mgr Veuillot expriment leur opposition face aux attaques dont est victime l'adaptation de Rivette. Il ne s'agit pas d'une contestation spontanée mais d'une véritable campagne, menée et organisée très activement par le père Jean Pihon, membre de la Commission de
surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse,
mais aussi du Comité des programmes télévision à l’ORTF et de la Commission de contrôle
cinématographique. 
L'affaire de La Religieuse de Rivette (1965-1967) / Sabine Rousseau
Dans Cahiers d'études du religieux : recherches interdisciplinaires. Numéro spécial, 2012 : Monothéismes et cinéma.

Histoire juridique des interdits cinématographiques en France
Albert Montagne, Paris : L'Harmattan, 2007
A la Bpi, niveau 3, 791.01 MON
Malgré l'interdiction du film, André Malraux autorise sa projection au Festival de Cannes où Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot est présenté en sélection officielle et fait salle comble.
Vidéo Ina : Séance photos avec Anna Karina, suivie d'un entretien avec Jacques Rivette qui explique la trame de son film La Religieuse d'après Diderot, et se défend d'avoir fait une oeuvre "bassement anticléricale", 9 mai 1966, 5mn 52s.
Le 22 mars 1967, le tribunal administratif annule pour vice de forme l’interdiction de La Religieuse. Le 6 juillet 1967, le film reçoit son visa d’exploitation, avec l’accord du nouveau ministre de l’Information, M. Georges Gorse. Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot sort finalement le 26 juillet 1967 dans cinq salles parisiennes et fait 165 000 entrées. Mais ce n'est que vingt ans plus tard, en novembre 1988, que l'interdiction aux moins de 18 ans tombe !
Ina.fr : 16/11/1988 Journal de 20h sur Antenne 2 présenté par Christine Ockrent (1mn56 s)
C’est l’enferment social et la persécution qui intéressent Jacques Rivette, dont l'idée de départ est de faire un film sur la réclusion. Suzanne incarne ainsi une madeleine pénitente, enfermée dans un cachot ou derrière les grilles du parloir. Lorsqu'elle s'échappe du couvent et qu'elle quitte sa cellule, elle se perd dans une maison close et ne trouve pas d'autre issue que de mettre fin à ses jours. Rivette modifie ainsi la fin du roman par le suicide de Suzanne.
La notion d’enfermement est traitée par Michel Foucault à la même période dans « Le grand renfermement » qui constitue une partie de son étude sur l’histoire de la folie.
Discours de Michel Foucault, 1972, 3mn57, sur le Portail Michel Foucault, Archives numériques : http://michel-foucault-archives.org/?Le-grand-renfermement
et retrouver tous les articles sur la censure de La Religieuse de Rivette, vous pouvez consulter la base Bpi-Doc sur les postes multimédias de la Bibliothèque publique d'information.
consulter affiches, dossiers, photos du film :
- Site Ciné-Ressources : une liste de documents (affiches, ouvrages, dossiers, articles, dossiers de photos, revues de presse, vidéos..) s'affiche avec l'indication de la bibliothèque où ils sont consultables.
- Site Cinéma Art Gallery : accessible à partir des postes multimédias de la Bpi, ce site permet d'afficher des photos du film, à partir d'une recherche simple par mots-clés : "Rivette and Suzanne".
L'adaptation de Guillaume Nicloux sort en salle dans un contexte politique et social bien différent de celui qu'a connu Jacques Rivette. Sélectionné et présenté à Berlin, le film n'a d'ailleurs pas suscité les mêmes réactions. Et s'il a été compliqué de trouver des décors en France, c'est essentiellement parce qu'il s'agissait de tourner dans des décors naturels, les mieux préservés possible, ce qui explique que certaines scènes se déroulent en région Rhône-Alpes, d'autres en Allemagne.
Didier Abot [CC-BY-ND-NC-2.0]
Il n'en demeure pas moins que la religion occupe une place importante dans nos sociétés où les femmes sont victimes de violences, sous le prétexte de la tradition. Toute la modernité de l'adaptation de Guillaume Nicloux réside dans l'évocation des abus de la religion et dans la vitalité de la jeune Suzanne pour sortir de cet enfermement et vivre sa croyance comme elle l'entend.
Le film de Guillaume Nicloux donne une image assez réaliste de ce que pouvait être la vie d'un cloître au 18e siècle, avec son austérité et ses moments de distraction. Si la buée se dégage de la bouche des religieuses et témoigne des conditions rudes de l'existence pendant l'hiver, l'éclairage très naturel, proche de la lumière du soleil ou de la bougie, avec ses teintes chaudes sur les visages en gros plans, fait penser à des peintures de maître. Impression renforcée par l'épaisseur des tissus, jusqu'à l'épingle maintenant le voile des religieuses. La musique, interprétée en direct, renforce aussi cette plongée dans la vie quotidienne d'un couvent. Tout comme la voix de Pauline Etienne, à la fois fragile et forte, nous entraîne à la suivre dans sa lutte.
Guillaume Nicloux a pris quelques libertés par rapport au roman de Diderot pour l'adapter au contexte actuel. Suzanne, interprétée par Pauline Etienne, est une jeune femme battante et non une victime. Elle ne se résigne donc pas à la vie cloîtrée que sa mère, interprétée par Martina Gedeck, a choisi pour elle. La jeune femme souhaite être libre de faire ses propres choix et réussit finalement à s'échapper. On ne sait pas ce que la vie lui réservera ensuite, mais tous les espoirs sont permis. Sait-on d'ailleurs vraiment ce que la vie nous réserve à 20 ans ?
Pour son réalisateur, le film n'a plus rien à voir avec une critique de la religion. C'est une ode à la liberté qui permet d'aborder la question de la place des femmes dans la société. Une version plus "féministe" - même si, comme le dit Guillaume Nicloux, il n'est pas le mieux placé pour parler à la place des femmes - et moins pessimiste aussi de l'oeuvre de Diderot.
La Religieuse, Bande annonce sur YouTube
interview, site et articles qui évoquent La Religieuse de Guillaume Nicloux :
- France Inter : Le Grand entretien par François Busnel, émission du 11 mars 2013 avec Guillaume Nicloux.
- Le site Zerodeconduite.net, qui présente l'actualité éducative du cinéma, propose une retranscription des principaux échanges de la rencontre-débat du 13 janvier 2013, à la suite d'une projection privée pour les enseignants, au Cinéma des cinéastes, à Paris ; avec un dossier pédagogique pour les classes de Seconde et de Première, et la bande annonce du film.
- Arte journal, 12/02/2013 : Berlinale, "La Religieuse" de Guillaume Nicloux
- Studio Ciné Live : numéro de mars 2013, "D'une religieuse à l'autre" (Story, p. 80-81) traite des deux adaptations cinématographiques, avec Rivette, oeuvre manifeste dans la lignée de la nouvelle vague, et Guillaume Nicloux, la révolte d'une jeune femme face à l'autorité, son combat sans relâche pour la liberté..."
A la Bpi, niveau 3, 79 (0) STU

©Christian Van der Borght - sirocco Films - Cie Les Productions Merlin
La Religieuse de Diderot a été adaptée plusieurs fois au théâtre. Le couvent et la cellule offrent en effet le décor idéal pour exprimer les émotions et les passions les plus intenses.
L'adaptation de La Religieuse de Diderot par Anne Théron nous fait vivre le combat de Suzanne à travers une scénographie très originale, mêlant à la fois théâtre, danse et musique.

La Religieuse,oeuvre posthume de Diderot, connaît la clandestinité et la censure. Il faudra attendre le milieu du 20e siècle pour que le roman soit plus largement connu !

Vous pouvez lireLa Religieuse de Diderot au niveau 3 de la bibliothèque, dans le secteur Langues et littératures :
cote 840 "17"DIDE 4 RE
et retrouver l'ensemble des oeuvres de Diderot disponibles à la Bpi sur le catalogue de la bibliothèque.