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Les dossiers

Economiste ? Appliqué à René Passet, ce terme d’économiste semble étriqué, réducteur…
Certes, René Passet est agrégé d’économie ; certes, il a enseigné l’économie au cours d’une longue carrière à l’Université (Rabat, Bordeaux, puis Paris) et il est aujourd’hui, professeur émérite d’économie à l’Université de Paris 1 – Sorbonne. Mais sa réflexion sur l’économie dépasse largement cette discipline. En la resituant dans l’histoire de l’humanité et l’évolution de la connaissance, en l’inscrivant dans la nécessité d’un humanisme tissé de valeurs morales, René Passet met constamment en question l’économie.
Né en 1926 à Bègles (Gironde), René Passet suit une formation classique en économie à l’Université de Bordeaux, obtient l’agrégation en 1958 et se spécialise en économie du développement.
Cette spécialité le conduit à s’intéresser, dès les années 1970, à la gestion des ressources naturelles, donc à l’environnement. Et c’est une science totalement novatrice à l’époque qu’il contribue alors à introduire, à développer et à transmettre : la bioéconomie.
La bioéconomie prend en compte les interactions entre les mécanismes humains et la géochimie de notre planète. Le vivant et son environnement terrestre sont appréhendés comme une unité : la biosphère. Incluses dans cette biosphère, les organisations économiques doivent en respecter les lois et les mécanismes régulateurs Il s’agit donc de penser les conditions d’insertion de l’économie dans les activités sociales, elles-mêmes devant s’insérer dans un système englobant qui est celui de la biosphère.
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Parce qu'il analyse les des réalités économiques comme intégrées dans la
biosphère, René Passet ressent dès la fin des années 1960 la nécessité
d’alimenter la science économique au contact d’autres savoirs. Il se rapproche alors de chercheurs spécialisés dans tous les domaines liés à cette problématique que l’on baptisera bien plus tard « développement durable » et devient l’un des pionniers de l’approche transdisciplinaire.
Le Groupe des Dix, qu’il rejoint dès sa création en 1969, lui donne l’occasion de mettre en pratique la transdisciplinarité. Pendant dix ans, il y travaille avec des scientifiques (biologistes, physiciens, neurologistes, informaticiens, etc.) mais aussi avec des philosophes, de sociologues, des anthropologues, des spécialistes de la pensée et du comportement.
Dans une interview réalisée en 2012, René Passet explique comment il a découvert la nécessité de l’approche transdisciplinaire :
Dans cette vidéo proposée par le Collégium International, René Passet présente le Collégium International et les avantages du travail coopératif et transdisciplinaire.
« Hétérodoxe » est un qualificatif souvent appliqué à René Passet, et il ne le rejette pas.
Il se démarque en effet totalement de la compréhension dominante de l’économie - et ce dans les deux sens du mot « économie », qui désigne à la fois à la fois la réalité économique et la discipline qui l’étudie.
L’économie est encore couramment définie de nos jours comme activité de transformation du monde finalisée par la satisfaction des besoins humains. Pour René Passet, cette définition ne correspond plus à la réalité actuelle. Elle valait fin XVIIIe / début XIXe siècle, lorsque se sont constituées les grandes théories économiques – celles de François Quesnay, de Stuart Mill, d’Adam Smith, de Karl Marx... A cette époque, pour l’immense majorité de la population, les besoins fondamentaux (alimentation, santé) étaient à peine couverts. L’amélioration de la condition humaine passait par l’accroissement quantitatif des productions, « le plus était aussi le mieux », le problème principal étant donc de produire le plus, possible au coût le plus bas possible. Dans cette logique, la concurrence, le profit et le marché jouaient comme moteurs et régulateurs de l’économie.
Aujourd’hui, la situation n’est plus la même : à l’échelle mondiale, la production couvre largement de quoi satisfaire les besoins fondamentaux de l’humanité tout entière. Pourtant, la pauvreté extrême existe toujours, les inégalités ne cessent de s’accroître : le problème ne tient plus tant à la quantité de richesses qu’à leur répartition et à la possibilité d’assurer leur pérennité aux générations futures. De plus, la surproduction de biens matériels épuise les ressources naturelles et dégrade notre planète. Enfin, les technologies de l’information ont fait entrer les sociétés modernes dans une nouvelle ère, celle de l’immatériel et des réseaux.
Plus qu’aux questions matérielles de l’avoir, ces sociétés (qui consacrent une part importante de leurs dépenses à la connaissance, à la culture et aux loisirs) sont désormais préoccupées par des questions touchant à l’être, c’est-à-dire à la qualité de la vie, à son développement dans un milieu naturel fini, à sa finalité. Par conséquent, les éléments primordiaux pour le développement économique sont constitués désormais par des activités immatérielles, qui s’adressent à des besoins illimités, et non plus à des activités et besoins matériels, saturables.
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Pour René Passet, la science économique actuelle est en retard sur cette évolution. Les économistes orthodoxes, encore majoritaires, ont une vision néo-libérale des réalités économiques. Ils réduisent les réalités sociales à l’individu et au comportement qu’il adopte pour satisfaire ses besoins, créant la fiction d’un « homo economicus » rationnel. Procédant par modélisation mathématique, l’économie se donne comme une discipline objective et indépendante, appliquant ses lois propres aux objets qu’elle étudie.
Dans l’interview donnée en 2012 à la Bpi, René Passet explique les dangers d’un formalisme mathématique poussé à l’excès :
Pour René Passet, l’économie dominante reflète une conception datée, issue de Newton : celle d’un monde fonctionnant comme une mécanique horlogère, que la science aurait a pour charge de démonter afin de mettre à jour ses relations de causalité. Or, les découvertes scientifiques ont fait évoluer la nature même de la science, et l’économie ne peut échapper à cette évolution. Après la mécanique de Newton, les lois de Carnot ont jeté les bases de la thermodynamique, puis la physique quantique a révélé des processus échappant aux lois du déterminisme et de la causalité : le hasard, l’incertitude, l’imprévisible. Enfin, la logique du vivant, qu’il s’agisse de l’homme en société ou de la nature, échappe également aux causalités auxquelles se borne l’économie dominante : production, croissance, accumulation du capital, etc.
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René Passet est aussi un homme engagé, qui dénonce l’ordre économique actuel dominé par l’idéologie néo-libérale. Celle-ci se centre sur la gestion optimale des biens matériels alors qu’il faut substituer à une économie de l’avoir une économie de l’être, prenant en compte l’éthique, la solidarité, le souci d’autrui et des générations futures. René Passet prône une nouvelle rationalité, fondée non sur la finalité humaine, une démarche guidée sur la priorité donnée aux valeurs de l’homme et de la vie.
Et pour défendre cette voie, il participe à des mouvements revendicatifs ou militants. Ainsi, contre la mondialisation du capitalisme financier et ses conséquences sur les peuples, il participe à la création d’ATTAC, dont il sera le premier président du conseil scientifique.
Dans l’interview qu’il a donnée à la Bpi en 2012, René Passet explique d’où lui viennent les valeurs qui le poussent à s’engager et comment il a su concilier le militantisme avec la neutralité de l’enseignement.
Deux livres synthétisant son engagement et une intervention
Ses prises de position
En raison de problèmes techniques, le son de certaines vidéos est altéré. Nous vous prions de nous en excuser.

Pour aller au-delà des évidences, chaque mois, un économiste vient décortiquer des mots, des concepts et les mettre en relation avec les grandes théories économiques.
Le 14 janvier 2013, René Passet présentait le premier volet de ce cycle : l'économie "immatérielle".
A écouter et visionner dans les archives sonores de la Bpi.
Les prochains rendez-vous du cycle Mots d'économie.
Le groupe des Dix
Créé en 1966 et composé de personnalités françaises (entre autres, Henri Atlan, Jacques Attali, Jean-François Boissel, Robert Buron, Joël de Rosnay, Henri Laborit, André Leroi-Gourhan, Edgar Morin, René Passet, Michel Rocard, Jacques Robin, Jacques Sauvan, Michel Serres...) qui siégeaient régulièrement entre 1969 et 1976 pour débattre de l'apport des connaissances scientifiques dans le domaine politique. Le travail au sein du groupe a tissé des liens forts entre les membres mais aussi avec certains invités, qui se sont ensuite retrouvés dans d'autres groupements : le CESTA (Centre d’Études des Systèmes et Technologies Avancées), le GRIT (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire et Transdisciplinaire), le Collegium international éthique, politique et scientifique...
A lire : Le Groupe des Dix ou les avatars des rapports entre science et politique, Brigitte Chamak, Editions du Rocher, Monaco, 1997
A la Bpi, niveau 2, 5.3 CHA
Le Collegium international
Depuis 2002, il tente de façonner des grandes lignes directrices pour orienter des actions plus concrètes, avec pour exigence l’intégrité éthique et la viabilité politique. Pour atteindre ce but, le Collegium s’appuie sur la diversité de ses membres, leur sagesse politique et leurs connaissances scientifiques, ainsi que leur expérience et intégrité. René Passet fait partie des membres fondateurs.
Attac
Fondée en 1998, Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) promeut et mène des actions en vue de la reconquête par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle et ce, dans l’ensemble du monde. René Passet fut le premier président du conseil scientifique d'ATTAC.