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Les dossiers
Aujourd'hui entièrement consultable sur internet, le procès Eichmann est le premier de l'histoire à avoir été filmé dans son intégralité.
Milton Fruchtman, producteur exécutif de la compagnie américaine CCBC entend à la radio la nouvelle de l'arrestation d'Eichmann. Il se rend alors en Israël afin d'obtenir le droit d'utiliser les futures images du procès. Ben Gourion est à priori hostile à l'idée de transformer le prétoire en plateau de cinéma. Fruchtman propose l'utilisation des toutes premières caméras vidéo qui seront "invisibles" (et silencieuses) pour les protagonistes du procès.
A l'époque Israël ne dispose pas de la télévision, les Israéliens suivront le procès dans la presse ou à la radio (la radio nationale Voix d'Israël obtient le droit d'enregistrer la totalité de la procédure).

Le 8 novembre 1960 un accord est conclu entre l'Etat d'Israël et la CCBC. Le filmage est confié à Léo Hurwitz.
Celui-ci n'est contraint par aucun cahier des charges et peut transmettre sa vision personnelle du procès. Grâce à 4 caméras, Hurwitz met en place une véritable dramaturgie : utilisation du champ-contrechamp, du gros plan, du zoom, de plans de coupe sur le public ou les magistrats... Le téléspectateur bénéficie d'une place privilégiée, voyant par exemple l'accusé "sous toutes ses faces" alors que le spectateur du prétoire n'en perçoit qu'un profil.
Mon objectif a été de révéler les événements qui se passaient à l’audience, avec la plus grande clarté et la plus grande pénétration possible pour ceux qui n’étaient pas présents. La capacité des caméras de télévision à rapprocher des choses éloignées, à donner les détails du visage d’Eichmann, de ses mains, des expressions des juges, de la défense, des témoins de telle manière que ces événements soient vus depuis tous les angles pertinents possibles. Cela permettait qu’ils soient perçus avec plus d’acuité que par la Cour elle-même, alors que le public ne voyait que les dos ou les profils des participants clés." écrit Léo Hurvitz dans une de ces correspondances.
Le service de sécurité a communiqué à Hurwitz un descriptif très précis de cette première session.
La seule obligation faite à Léo Hurwitz est que les caméras soient invisibles. Pour le reste, le réalisateur beneficie d'une entière liberté dans le choix et la composition des plans. Ce sera le seul cas dans l'histoire de ce type de procès filmé ( pour Papon, Barbie, etc. le cahier des charges sera très précis).
Nous vous invitons à suivre un extrait illustré de la conférence de Sylvie Lindeperg à ce sujet :
Le procès dans les médias ou le procès comme événement.
Les Deux scènes du procès Eichmann, article en ligne de Sylvie Lindeperg et Annette Wierviorka.
Images et procès : le moment Eichmann, conférence à la Bpi de Sylvie Lindeperg et Annette Wievorka dans le cycle "Regards critiques" consacré aux archives filmées.

Leo Hurwitz a été l’un des principaux documentaristes de la gauche radicale américaine. Il a fondé en 1936,avec le photographe Paul Strand une coopérative qui a produit notamment Heart of Spain, The people of the Cumberland, China strikes back et Native land.
Native land (histoire de la lutte pour les droits civiques et sociaux aux États-Unis) affirme sa radicalité autant dans le fond que dans la forme .Son premier film d'après-guerre, Strange victory (1948), est également un film sur le racisme aux Etats-Unis. Son intérêt pour la question du nazisme s'exprime dans un étrange film :The museum and the fury, documentaire sur le musée d’État d’Auschwitz