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Les dossiers
"Non, l'âme ne s'intéresse pas à ces choses. Elle fait la tête. Or c'est elle la voyageuse, on l'a dit. Et nous la définirons pour cette fois comme ce qui, en nous, avec nos yeux, grâce à nos pas, sait voir les paysages, les monuments, les chemins, et les reconnaître : c'est là que j'ai vécu, dit-elle (dans les voluptés calmes). Hélas elle n'a rien reconnu, depuis Gandrieu, elle n'a vécu nulle part.
Et puis, tout à coup, à peine dépassé Prévenchères...
Hic est locus patriae. Nous entrons sur son territoire. Tout s'élargit. Le ciel se fait plus vaste, la terre aussi. Le dessin s'estompe, autour de nous. Le monde n'a plus tant de forme que de consistance simple - et encore c'est celle du vide. Tout est contenu, rien ne contient. Voici la couleur pure. C'est le jaune éclatant des genêts ; ou bien le mauve, à peine moins vif, de la bruyère - et quelques fois les deux ensembles, en longues striures qui se tordent, soulignées par les noirs de la terre qui affleure, en appels brefs, par le gris soutenu de la pierre, par le céladon du lichen.
Lointains bleus : ici les pics du Vivarais, et là les hauts du Mont Lozère, ou les pentes du Goulet. Entre les deux massifs, cette ouverture en V : poudre d'or et d'azur, jetée vers la vallée du Rhône, tout en bas, tout-là-bas, vers des plaines plus heureuses, le siècle, ses grandes routes invisibles, le gai tumulte de vivre..."
(Extrait p. 146-147)