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Les dossiers

« L’esprit rock » irrigue certaines uvres majeures de la littérature récente, en phase avec le contexte musical rock de leur époque. Derrière cette étiquette, nous dit Denis Roulleau (auteur du Dictionnaire raisonné de la littérature rock), « il existe incontestablement un champ de l’écrit rock qui regroupe des écrivains, des journalistes, des magazines, des livres qui s’inscrivent tous dans la même démarche par le style, le rythme et des références communes. (…) Pour moi, le rock et la littérature sont intimement liés et se nourrissent mutuellement. »
Cette démarche typique du style rock se caractérise également par l'importance qu'elle accorde à la contre-culture, au sentiment de non-appartenance qu'exprime Salman Rushdie dans son roman La terre sous ses pieds, consacré à la rock star Vina Apsara :
"Dans chaque génération il y a quelques âmes, appelez-les chanceuses ou maudites qui sont tout simplement nées sans appartenance, qui viennent au monde à demi-détachées, sans liens très forts avec une famille ou un lieu, une nation, une race."
[Extrait de : Salman Rushdie, La terre sous ses pieds (Plon, 1999). Bpi, niveau 3, cote 825 RUSH 4 GR].
D'un point de vue historique, le frayage entre le rock et la littérature anglo-saxonne commence avec le nouveau journalisme américain de Hunter Thompson et Tom Wolfe, dans les années 1960.

Tom Wolfe, Acid test : chronique (Seuil, 1980)
La relation déjantée sous forme d'un docu-fiction haletant, de la trajectoire erratique du bus de Ken Kesey et des Merry Pranksters qui, sous acide, rejoignent San Francisco et les Grateful Dead. Non seulement le sujet rock est atteint, mais l'écriture de Wolfe atteint d'impressionnantes pointes de vitesse et négocie des dérapages suicidaires, en s'imbibant de l'oralité et de l'énergie tonitruantes des meilleurs groupes de rock de l'époque.
(Bpi, niveau 3, cote 821 WOLF.T 4 EL)

Hunter S. Thompson, Hell’s Angels : l'étrange et terrible saga des motards hors-la-loi (Laffont, 2000)
Article sur les Hell's Angels où les stratégies du journalisme gonzo sont déjà en place : multiplicité des points de vue, implication maximale du journaliste narrateur dans les situations décrites, monologues intérieurs, digressions et flashbacks, bref toutes les techniques du roman moderne au service d'un journalisme inédit, percutant.
(Bpi, niveau 2, cote 301.8 THO)

Lester Bangs, Psychotic reactions & autres carburateurs flingués (Traistram, 1996)
Le premier recueil des articles du journaliste et critique de rock Lester Bangs. Renvoyé en 1973 de la rédaction de Rolling Stone pour « manque de respect envers les musiciens » (il méprisait toutes les prétentions et cultivait un goût certain pour la provocation), c'est dans le magazine Creem qu'il trouve un espace de liberté où il a tout loisir de s'exprimer à sa guise. Considérant que sa personne était aussi importante que les artistes dont il avait à parler, il n'hésitait pas à insérer dans ses textes de larges plages autobiographiques (on peut légitimement inscrire Lester Bangs dans le courant du journalisme gonzo).
(Bpi, niveau 3, cote 780.65 BAN)

Nik Cohn, Awopbopaloobop Alopbamboom : l'âge d'or du rock (Allia, 1999)
Nik Cohn a ouvert la critique rock à la dimension historique en publiant en 1969 cette première fresque narrant l'origine et l'évolution de la musique pop anglo-saxonne. Il est, de ce fait, un des créateur de la forme spécifiquement rock de la critique musicale, à côté de Lester Bangs. Son apport consiste surtout dans l'inscription du rock en une perspective irrémédiablement nostalgique.
(Bpi, niveau 3, cote 780.65 COH)
Nick Kent, L'envers du rock = The dark stuff (Naïve, 2006). Bpi, niveau 3, cote 780.65 KEN
Nick Tosches, Héros oubliés du rock' n' roll : les années sauvages du rock avant Elvis (Allia, 2000). Bpi, niveau 3, cote 780.65(091) TOS
Greil Marcus, Lipstick traces : une histoire secrète du vingtième siècle (Allia, 1998). Bpi, niveau 3, cote 704-8 MAR
Les écrits rock sont des romans ou poèmes au style souvent rugueux et déviant qui, loin de se limiter à brasser les stéréotypes (sexe, alcool, drogue), favorisent la force de l’écriture (le style, le ton) plutôt que le simple sujet.

John Fante, La route de Los Angeles (Bourgois, 1997)
Roman refusé en 1933 car jugé trop cru et provoquant, ne sera publié qu'en 1986, après sa mort. l'uvre de John Fante est marquée par le goût de l'excès, de la provocation, de la remise en cause systématique des certitudes et des conventions.
(Bpi, niveau 3, cote 821 FANT 4 RO)

Hubert Selby Jr., Last exit to Brooklyn (Albin Michel, 1971)
Sans nous laisser le moindre répit, avec la force implacable d'une écriture dense, sans temps morts à la limite du respirable, Hubert Selby Jr. nous livre la vision cauchemardesque de l'autre facette du rêve américain. Une société où la violence est primaire et consacrée au rang d'habitudes récurrentes de pratiques quotidiennes, où l'amour se confond avec l'ivresse d'une sexualité bestiale et où la solitude invite la misère et inversement. Avec un ton épileptique qui rappelle parfois celui de Céline, ce recueil de six nouvelles dévoile la nudité la plus crue et la noirceur la plus indélébile de l'âme humaine.
(Bpi, niveau 3, cote 821 SELB 4 LA)

New York / Lou Reed (Sire, 1989). 780.65 REED 4
A écouter : l'album New York de Lou Reed (ami et admirateur de Selby) évoque parfois la brutalité et le désespoir de l'univers de l'écrivain.
A voir : le film Hubert Selby Jr., 2 ou 3 choses... (réal. Ludovic Cantais, La Luna Productions, 2005) : à ce jour, l'unique documentaire sur l'écrivain. Accès sur les postes multimédias de la Bpi.

Bret Easton Ellis, Moins que zéro (Bourgois, 1999) ; American psycho (Salvy, 1992)
Les romans de B. Easton Ellis sont rock par leur écriture sèche et électrique mais aussi et surtout par l’omniprésence de la musique dans leurs pages. Ils ont pour fonds sonore différents groupes phares des années 80 rock et new wave (Idol, Devo, Fleetwood Mac, Eagles…). Les personnages, à l'instar de Patrick Bateman dans American psycho, fredonnent souvent les paroles des titres à la mode, qui font écho à leurs états d’âme : « Tout droit dans les ténèbres, nous sommes allés droit dans les ténèbres, en franchissant la ligne, oui droit dans les ténèbres, droit dans la nuit » (Talking Heads).
(Bpi, niveau 3, cote 821 ELLI.B)

Irvine Welsh, Ecstasy : trois contes d’amour chimique (Olivier, 1999)
Ces contes de la folie ordinaire pour une fin de siècle conjugent plusieurs sortes d'addiction : l'amour, la vengeance, la drogue.
(Bpi, niveau 3, cote 820"19" WELS 2)

Denis Johnson, Jesus’ son (Bourgois, 1996)
Un bon exemple de l'imprégnation de l'écriture par le rock. La prose de Denis Johnson oscille entre l'énergie d'un Neil Young électrique, les ballades emportées de Nick Cave et le morceau culte de Lou Reed, “Heroin”, dont ce recueil de nouvelles tire son titre et toute sa violence autodestructrice.
(Bpi, niveau 3, cote 821 JOHN.D 4 JE)
Ryû Murakami, Les bébés de la consigne automatique (Picquier, 1996)
Les destins parallèles de deux frères ivres de vitesse et d'excès, dans les bas-fonds de Tokyo, après avoir été abandonnés dans une consigne de gare. L'un deviendra champion de saut à la perche, l'autre prostitué, puis rock star, mais les victimes se feront bourreau et exerceront leur vengeance sur la société. Punk de la littérature japonaise, Ryû livre ici une vision apocalyptique du Japon moderne, empreinte d'une violence ahurissante.
(Bpi, niveau 3, cote 895.6 MURA.R 4 CO)
Un certain nombre de romans de cette catégorie prennent le rock comme trame principale de l’histoire. Citons par exemple :
Nick Hornby, Haute fidélité (Plon, 1997)
Les mésaventures douces-amères d'un propriétaire de magasin de disques dans la débâcle sentimentalo-financière. Entre tendresse, humour anglais et auto-dérision, la bande originale pop d'une éducation sentimentale.
(Bpi, niveau 3, cote 820"19" HORN 4 HI)

Alan Warner, Les sopranos (J. Chambon, 2000)
Ce roman narre, sur le mode picaresque, les heurs et malheurs d'un groupe de chanteuses écossaises tentées par le rock.
(Bpi, niveau 3, cote 820"20" WARN 4 SO)

Jonathan Coe, Les nains de la mort (Gallimard, 2001)
Un portrait de musiciens ratés dans le Londres des années 1980.
(Bpi, niveau 3, cote 820"19" COE. 4 DW)

Don DeLillo, Great Jones Street (Actes Sud, 2011)
Sur le sujet de la rock star hors circuit, Don DeLillo livre un roman contemporain de son époque (le début des années 70) dont il reflète les cauchemars et les hallucinations. Great Jones Street constitue une pénétrante approche des arcanes d’une pop culture au sein de laquelle s’inaugure la fusion de l’art, de la loi du marché et de la décadence urbaine.
(Bpi, niveau 3, cote 821 DELI 4 GR)

Zéno Bianu, Jimi Hendrix (aimantation) (Castor astral, 2010)
Par un monologue poétique, Zéno Bianu livre ici un texte à la fois tendu et exubérant, un « tombeau » qui tente de faire écho au jeu unique, « bleu fauve », de Jimi Hendrix.
(Bpi, niveau 3, cote 8 CNL 1)

Alban Lefranc, Vous n’étiez pas là (Verticales, 2009)
Ni hagiographie, ni descente en flammes, Vous n’étiez pas là détourne le genre biographique pour passer outre les images d’Épinal associées à Nico (1938-1988): cover-girl précoce, demi-mondaine dans La Dolce vita, égérie des films de Warhol, femme fatale du Velvet Underground, maîtresse d’une poignée de célébrités et increvable junkie bien au-delà des années 70.
(Bpi, niveau 3, cote 780.65 NICO 2)

Jean-Michel Espitallier, Syd Barrett, le rock et autres trucs (P. Rey, 2009)
Ce livre fouille le mystère Syd Barrett, mais va plus loin en interrogeant "d’autres trucs" : la question du fan, figure récente de la modernité ; celle du mirage d’une éternelle jeunesse comme horizon rêvé d’un bonheur qu’incarne le rock depuis ses origines ; celle enfin de notre besoin d’illusions et de leurres qui nourrit la machine à inventer des mythes. Dans un style volontiers iconoclaste, Jean-Michel Espitallier évoque sa vraie fausse rencontre avec Barrett à Cambridge en 2004, donne sa propre vision du rock mêlant érudition musicale, références littéraires et souvenirs personnels. Parce que Syd Barrett, central certes, n’est que le fil rouge de quantités d’autres histoires que raconte Jean-Michel Espitallier dans ce livre baroque, drôle, impertinent.
(Bpi, niveau 3, cote 840"20" ESPI 4 SY)

François Bon met son talent littéraire au service des légendes du rock. Dans une interview accordée au magazine Flux4, il déclare : “Je ne sais pas s’il y a une écriture « rock ». Mais certainement que le matériau qu’on travaille influe sur la façon de s’y prendre. L’improvisation pour Dylan, ou cette harmonie épaisse pour Led Zep. Comment rendre compte du côté excessif d’un concert ? Celui d’Earl’s Court, en mai 75, est devenu un peu le centre de gravité du bouquin, et donc j’ai ce début, juste essayer de parler de façon synchrone avec la musique, les éclairages, les postures, les sons. Mais c’est juste une sorte de fil rouge, qui m’a aidé à rompre avec la biographie linéaire, pour plutôt chercher une fresque…”
Ouvrages de François Bon sur le rock :
Bob Dylan: une biographie (Albin Michel, 2007). Bpi, niveau 3, cote 780.65 DYLA 2
Rock'n'roll : un portait de Led Zeppelin (Albin Michel, 2008). Bpi, niveau 3, cote 780.65 LEDZ 2
Rolling Stones : une biographie (Fayard, 2002). Bpi, niveau 3, cote 780.65 ROLL 2
Laissons le mot de la fin à Nik Cohn, auteur en 1969 d'un ouvrage séminal sur le rock, Awopbopaloobop Alopbamboom : "La clé d’une écriture rock se trouve dans une attitude, dans une certaine approche, plutôt que dans le fait d’écrire ou non sur le rock".