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Les dossiers
Les guitaristes débutants du monde entier font très vite connaissance avec deux choses : les « douze mesures » de la grille standard du blues (par exemple, avec un accord par mesure, en mi : E/A/E/E/A/A/E/E/B/A/E/B), sur laquelle on peut broder toutes sortes de mélodies, vocales ou instrumentales ; et la fameuse « note bleue », qui s’obtient en tirant sur la corde, par exemple entre le quatrième et le cinquième degrés de la gamme pentatonique. C’est sur cette « note bleue » qu’insiste tout particulièrement la ligne mélodique, qu’elle soit jouée instrumentalement ou surtout chantée – à tel point que la « mélodie » d’un blues est souvent difficile à noter sur une partition, la « note bleue » n’étant pas précisément situable sur la portée. Nul besoin, dès lors, d’une grande vélocité instrumentale ou vocale, ou d’un vocabulaire musical excessivement étendu : trouver la « note bleue » suffit. La faire vibrer, par contre, est une autre affaire…

De fait, les plus réputés des chanteurs et guitaristes de blues se sont très vite affranchis des « douze mesures » pour laisser libre cours à la mélodie, par exemple Skip James ou Blind Lemon Jefferson.
A contrario, de nombreux standards « blues » n’en sont pas vraiment, ni sur le plan harmonique ni sur le plan de la structure. Bien des chansons de « l’impératrice du blues », Bessie Smith, n’obéissent pas au canon des douze mesures ; de même que Lady sings the blues, de Billie Holiday, qui présente entre autres « anomalies » des suites d’accords complètement étrangers à la gamme pentatonique.

Si la « note bleue » se répand bien au-delà de son terreau initial – en témoigne son utilisation dès les années vingt par des compositeurs de musique classique comme Ravel (notamment le Concerto dit « pour la main gauche » et le premier mouvement du Concerto en Sol, pour piano), Stravinski ( Ebony Concerto), et bien sûr Gershwin ( Rhapsody in blue) –, envahit la variété, les comédies musicales et ce qui deviendra le rock’n’roll, les « douze mesures », les accords de septième et la gamme pentatonique forment néanmoins le vocabulaire de base du « genre » blues proprement dit, tel qu’il va se fixer autour des années cinquante par la voix des grands créateurs que sont B.B King, John Lee Hooker et Muddy Waters.
Ce sont eux qui patronnent l’évolution ultérieure du genre (électrification), et son autonomie dans le champ des musiques populaires, face au rock, à la soul, au rythm’n’blues. Une « culture » blues voit le jour, avec ses références, ses festivals, ses revues, ses réseaux spécialisés. Stevie Ray Vaughan, Taj Mahal ou Robert Cray comptent parmi ses représentants les plus emblématiques.
Extrait de "Nothing but a woman" par Robert Cray