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Les dossiers
En 1742, Johann Sebastian Bach publia une oeuvre pour clavecin de la forme « thème avec variations » que l’histoire retiendra sous le nom de Variations Goldberg. Maintes fois adaptées, transcrites et interprétées sous de nombreux instruments et de nombreuses formes musicales, les Variations Goldberg ont marqué l’histoire de la musique en devenant une parfaite illustration du caractère vivant et évolutif de la Musique Classique.
Les Variations Goldberg seront exposées sous différentes formes (partitions, enregistrements sonores, vidéo, récits, essais, site web, revues) dans l’espace Musique de la Bpi de janvier à mars 2013.
Johann Sebastian Bach
Johann Sebastian Bach (1685-1750), musicien et compositeur allemand fut membre d’une des plus prolifiques familles de musiciens de l'histoire. Sa carrière s'est entièrement déroulée en Allemagne centrale, au service de petites municipalités, de cours princières, puis du conseil municipal de Leipzig. Peu connue de son vivant en dehors de l'Allemagne, passée de mode et plus ou moins oubliée après sa disparition, son uvre, comprenant plus de mille compositions, est considérée aujourd’hui comme l'aboutissement et le couronnement de la tradition musicale baroque.
A partir de 1726, Bach publie quelques unes de ses compositions en quatre volumes intitulés « Clavier Ubung » (exercices au clavier).
Le quatrième volume (publié aux alentours de 1742) est consacré à une oeuvre de la forme « thème avec variations » intitulée « Aria mit verschied enen Veraender ungen vors Clavicimb al mit 2 Manualen» (Aria avec 30 variations pour clavier à deux mains) qui deviendra célèbre sous le nom de « Variations Goldberg ».

Johann Gottlieb Goldberg
Les Variations Goldberg doivent leur nom à Johann Gottlieb Goldberg (1727-1756), compositeur et élève claveciniste de Bach. Johann Nicolaus Forkel, le premier biographe de Bach les mentionne pour la première fois en 1802.
Extrait :
" Nous les devons au comte Kaiserling, ancien ambassadeur de Russie à la cour de l’électeur de Saxe. Il séjournait souvent à Leipzig et amenait avec lui Goldberg pour qu’il reçût les conseils de Bach. Le comte était de santé déficiente et souffrait d’insomnies. Goldberg, qui habitait chez lui, devait alors lui jouer quelque chose s’il ne pouvait dormir. Le comte exprima un jour à Bach son désir de lui voir écrire quelques morceaux pour Goldberg pour le distraire de son insomnie. Le comte ne les nomma plus ensuite que ses variations. Il ne pouvait se lasser de les entendre et, pendant longtemps, lorsqu’il ne pouvait dormir, il avait l’habitude de dire : « Cher Goldberg, joue-moi encore une de mes variations » ".
(Sur la vie, l’art et l’uvre de Johann- Sebastian Bach / Johann Nicolaus Forkel – Flammarion, 1999. Pages 134-135) 78 BACH 2
Si belle que soit cette légende, elle est aujourd’hui largement contestée par les musicologues contemporains. Il est ainsi peu probable que Goldberg ait pu interpréter ces variations. Il n’avait en effet que 14 ans lors de leur publication ce qui semble bien jeune pour maîtriser un ouvrage aussi redoutable. De plus, aucun des seize exemplaires de « Clavier Ubung » aujourd’hui conservés ne mentionne la moindre dédicace, contrairement à ses autres commandes.

Glenn Gould
Si les Variations Goldberg ont été originalement écrites pour clavecin (le piano que nous connaissons aujourd’hui n’existait pas du vivant de Bach) elles ont été transcrites, jouées et enregistrées sur de nombreux instruments. Le plus célèbre interprète reste Glenn Gould (1932-1982), qui les enregistrera quatre fois au piano (en 1954, 1955, 1959 et 1981) mais il existe également des transcriptions et des enregistrements des Variations Goldberg pour orgues, harpes, guitares, clavicordes, trios à cordes, accordéons ainsi que des arrangements Jazz comme ceux du Jacques Loussier Trio.
Les avis sont partagés quant à la pertinence de l’exécution d’une oeuvre sur un instrument auquel elle n’a pas été destinée. Glenn Gould assumait pleinement son choix, comme lors de cet entretien avec Bruno Monsaingeon.
Extrait :
Bruno Monsaingeon : Il n’en reste pas moins que vous jouez toute la musique de Bach sur un instrument pour lequel en fait elle n’a pas été écrite.
Glenn Gould : Je dois dire que je n’ai pas tendance à me sentir sur la défensive à cet égard ni à chercher des excuses. Je suis persuadé que le piano offre beaucoup de ressources qui conviennent parfaitement à la musique de Bach, et d’autres qui lui sont tout à fait inappropriées. […]
Ecrits volume 2 / Glenn Gould
Bruno Monsaingeon :
On met généralement en avant deux arguments contraires : l’un est que si Bach avait disposé d’un piano, il l’aurait certainement utilisé.
Glenn Gould : Sans aucun doute. C’était quelqu’un de très pratique et quand, à la fin de sa vie il vit un piano de Silberman à la cour de Frédéric le Grand, sa réaction fut plutôt favorable. Mais ce n’est pas là un argument très convaincant, ni dans un sens ni dans l’autre, car l’animal qu’il vit à la cour de Frédéric était tellement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, qu’il n’y a pas de comparaison possible.
Bruno Monsaingeon : Oui, mais l’autre argument est qu’il ne connaissait pas le piano, malgré sa visite à la cour de Frédéric, qu’il ne pensait pas en fonction de ses possibilités, et ne pouvait imaginer ce qu’il deviendrait deux siècles plus tard, et donc que, quand on joue sa musique sur d’autres instruments que ceux connus de lui, clavecin et clavicorde, on la dénature, en ne lui permettant pas de parler dans le cadre sonore que Bach avait imaginé.
Glenn Gould : Mm ! Oui, c’est bien l’autre argument, et c’est là qu’on se met à dérailler à mon avis, Bruno ; car si c’était vrai, cela voudrait dire que Bach se serait soucié de questions de timbre et de sonorités en tant qu’éléments de composition, qu’il aurait été l’esclave des instruments pour lesquels il écrivait. Or, tel n’est pas le cas : il y a tant d’exemples qui nous prouvent le contraire.
(Ecrits II : Contrepoint à la ligne/Glenn Gould ; Bruno Monsaingeon - Fayard, 1985. Pages 32-33) 78.1 GOUL 1