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Les dossiers

Une dénonciation vigoureuse
Dénonciation vigoureuse des stéréotypes imposés dès l’enfance aux filles
et aux garçons, ce livre publié en 1973 en Italie et traduit en
français en 1974, a fait date dans l’histoire du féminisme. Il montre
comment un conditionnement précoce fabrique des individus conformes au
rôle que la société attend d’eux, et s’oppose à ce que l’on considérait
traditionnellement comme des caractéristiques naturelles des sexes.
L’auteur traite successivement de l’attente de l’enfant, de la petite
enfance, des jeux et des livres et des institutions scolaires.
Le rôle
de l'école est primordial : loin de lutter contre les clichés véhiculés
par les familles, les maîtresses les renforcent, en toute bonne foi, par
un comportement différencié envers les garçons et les filles. Peu
d'entre elles sont conscientes de cette influence ou alors, elles considèrent
qu'elles suivent l'ordre des choses fondé sur une
différence naturelle des sexes.
Bien sûr, un grand nombre des clichés énoncés dans l’ouvrage sont aujourd’hui bien connus : la forme du ventre de la mère enceinte, la layette rose et bleue, les livres où maman cuisine et papa lit le journal, les injonctions « un garçon, ça ne pleure pas ! »…
Les filles plus dociles, les garçons plus agressifs?
Si la lecture de ces pages permet de voir le chemin parcouru, de l’Italie d’il y a quarante ans à aujourd’hui, elle permet aussi de voir le chemin qu'il reste à parcourir. Voici par exemple la liste des qualificatifs attribués par les institutrices italiennes des années 70 à leurs écoliers :
"Les garçons sont plus vifs, plus bruyants, plus agressifs, plus querelleurs, moins disciplinés, plus désobéissants, plus menteurs, plus paresseux, ils s’appliquent moins, écrivent moins bien et moins vite, sont plus désordonnés, plus sales, moins intelligents. Mais ils sont plus autonomes, ont moins besoin d’affection, d’approbation et d’aide, ils sont plus sûrs d’eux-mêmes, plus solidaires de ceux de leur sexe, ont un plus grand sens de l’amitié, ne sont pas des traîtres, ne font pas de ragots et pleurent moins.
Les filles sont plus dociles, plus serviables, plus dépendantes du jugement de la maîtresse, plus faibles de caractère, pleurnicheuses, commères, rapporteuses, moins solidaires de leur sexe, moins gaies. Elles sont plus intelligentes, méthodiques, appliquées, ordonnées, soignées dans leur toilette, obéissantes, serviables, fidèles, soigneuses, disciplinées." ( p. 160)
Sommes-nous vraiment dans le passé révolu de l’histoire ?
L’auteur est remarquable par son optimisme sur la nature de l’enfant qu’elle déclare fondamentalement bonne :
"L’enfant est une personne sérieuse. C’est un étonnant travailleur, acharné, infatigable, attentif, lucide et précis. Dès l’instant où il vient au monde, c’est un explorateur insatiable, téméraire, curieux, qui se sert de ses sens et de son intelligence comme un scientifique : toute son énergie est tendue vers la connaissance. Il essaie et essaie à nouveau, échoue et recommence avec une patience infinie, tant qu’il n’atteint pas ce qu’il considère comme la perfection…" ( p. 135)
La force du modèle familial et social
Mais au lieu de suivre cette curiosité et cette vitalité, les enfants sont contraints d’obéir à un modèle : par imitation et identification, pour plaire à leurs parents, par peur du ridicule, ils endossent le costume adéquat à leur sexe.
"Quand une petite fille vive, créative, pleine d’énergie, se mesure dans les jeux de force avec les garçons, elle éprouve toujours un léger sentiment de malaise et de faute ; elle sait obscurément qu’elle n’est pas approuvée, elle sait qu’elle déçoit l’attente d’autrui, elle a toujours devant les yeux le modèle de la petite fille qu’elle ne parviendra jamais à être. Personne ne se réjouit de sa combativité, de son courage, de sa loyauté, de son indépendance : on préfère qu’elle soit docile, conformiste, timide et hypocrite, quitte à le lui reprocher par la suite. Le développement féminin peut être défini comme une frustration permanente." ( p. 109)
Filles et garçons, tous victimes?
Tout le monde est victime de ces schémas imposés, mais les filles plus que les garçons :
"A cinq ans, tout est donc joué, l’adéquation aux stéréotypes masculins et féminins est déjà réalisée. Le garçon agressif, actif et dominateur est déjà modelé. Il en va de même pour la fille, soumise, passive et dominée. Mais alors que le garçon s’est trouvé contraint de s’adapter à un modèle qui non seulement lui permet, mais l’oblige à se manifester et à se réaliser le plus possible, ne serait-ce que dans le sens de la compétition, du succès, de la victoire, la fille, elle, a été contrainte à prendre la direction opposée, autrement dit celle de la non-réalisation de soi." (p. 189)
La complicité de l'école et de la société
L’auteur explicite longuement le rôle de la société et la complicité générale pour maintenir cet état de fait économiquement rentable :
"Les rappels de ce que seront leurs devoirs futurs, des enfants qu’elles auront, de leur maison, du mari dont il faudra s’occuper, seront répétés, pressants, continus, tant on est convaincu que si on les laissait libres, les petites filles mépriseraient les travaux domestiques autant que les garçons les méprisent. Il ne s’agit donc pas d’un simple stage d’apprentissage pour acquérir une certaine habileté, mais d’un véritable conditionnement opéré dans le but de rendre certaines tâches automatiques. De fait, si ça n’était pas là l’intention des adultes, il suffirait de quelques mois d’enseignement intensif avant le mariage pour que la jeune fille apprenne à tenir une maison : les travaux domestiques sont d’une telle banalité que n’importe qui peut les apprendre parfaitement en très peu de temps. Mais les adultes savent très bien que si un conditionnement ne se produit pas à l’âge requis, c’est-à-dire à l’âge auquel le sens critique et la rébellion sont peu sûrs, il sera d’autant plus difficile d’obtenir ces services passé cet âge. L’ordre familial et social exige que les femmes acceptent de se soumettre à cette vocation de préposées aux services domestiques, puisque leur refus mettrait en crise à la fois la caste masculine, conditionnée à se faire servir, et la structure sociale tout entière, qui refuse de supporter le prix du travail domestique féminin et le prix nécessaire à l’implantation d’une organisation qui le remplacerait." ( p. 93).
Le chantier reste ouvert…
Et aujourd'hui ?
Dans la lignée de cet ouvrage précurseur, Catherine Monnot fait l'état des lieux. Si le rêve de la petite ménagère a cédé du terrain, les stéréotypes féminins imposés aux petites filles ne sont pas forcément synonymes de liberté et d'autonomie.

Petites filles d'aujourd'hui : l'apprentissage de la féminité
Catherine Monnot, Autrement, 2008
« S’il est indéniable que la petite fille aujourd’hui est d’avantage qu’hier autorisée à rêver de succès et de reconnaissance, à s’extérioriser et à s’affirmer, les rêves de gloire au féminin restent le plus souvent ceux où la femme n’invente ni ne dirige, où elle sait s’afficher et reste un objet de représentation. » (p. 158).
A la Bpi, niveau 2, 300.3 MON
Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés
Christian Baudelot, Nathan, 2007
"Les garçons sont soumis à des injonctions paradoxales. D'un côté, on les incite à extérioriser leur potentiel de révolte et d'énergie dans le sport et les activités physiques. Mais d'un autre côté, la suprématie masculine n'est vraiment reconnue que par l'excellence scolaire." Ceux qui n'entrent pas dans ce schéma sont promis à la marginalisation et l'exclusion.
"Les filles trouvent des satisfactions personnelles à s'engager dans les itinéraires de leur genre : lectures, intérêt pour les relations sociales, sciences humaines (...) Elles s'aventurent plus volontiers sur les territoires masculins..." (p. 108-109)
A la Bpi, niveau 2, 305.37 BAU