Accéder à la page Publics handicapésAller au contenuAller au menuAller à la recherche
Les dossiers
Riyad Saleh Hussein
Poète syrien, né en 1954 à Daraa et mort à 28 ans. Sourd-muet, il n’a pas pu faire d’études. Il a grandi dans une famille pauvre et, très jeune, a été obligé de gagner sa vie. Autodidacte, il a commencé à écrire de la poésie à l’âge de 22 ans
La justice
La justice c’est de courir avec ma bien-aimée
sur les sentiers de la terre
sans que les vigiles me demandent mon numéro de téléphone
ou ma carte d’identité égarée
La justice c’est de me jeter dans la vaste mer
sans que quelqu’un m’attrape par l’oreille
pour me conduire de nouveau au tombeau
sous prétexte que le suicide est interdit par la foi et par la loi
La justice c’est de pouvoir manger tranquillement mon pain
aller tranquillement au cinéma
chanter tranquillement
embrasser tranquillement ma bien-aimée
et mourir sans bruit
Extrait de : Ruine de la circulation sanguine (1979)
Mon pays
Belle et heureuse Syrie !
pareille à un poêle en décembre
Malheureuse Syrie
pareille à un os entre les canines d’un chien
Indomptable Syrie
pareille au bistouri entre les mains d’un chirurgien
Nous sommes tes braves enfants
Nous avons goûté ton pain tes olives tes coups de fouets
Nous te guiderons vers les sources
De nos doigts verts nous sécherons ton sang
de nos lèvres gercées nous sécherons tes larmes
Nous frayerons les routes sous tes pas
Nous ne te laisserons pas t’égarer ô Syrie
comme une chanson dans le désert.
Extrait de : Simple comme l’eau, évident comme un coup de balle (1982)
Qui ?
Qui tournera pour moi le robinet de la vie
si mon cur se dessèche sous le traître ciel ?
Qui me bercera le soir avec une chanson
s’ils mettent un caillou acéré entre mes paupières ?
Qui me tirera du vieux puits
pour regarder les peupliers au clair de lune ?
Qui répondra à ma question si simple :Comment enlever nos habits de feu ?
Qui achètera un linceul pour le soleil
s’il venait à mourir ?
Qui ouvrira la porte à l’assassiné
s’il vient voir son ami après minuit ?
Qui ira avec moi au cinéma ?
Qui marchera à mes côtés dans cette immense prison ?
Extrait de : Simple comme l’eau, évident comme un coup de balle (1982)
La vie est belle
La vie est belle dit l’oiseau
en tombant près du pied du chasseur
La vie est belle dit la rose
en tombant entre les mains du beau gosse
La vie est belle dit-il
en se tirant une balle dans la tête
La vie est laide haïssable pourrie mauvaise
dit le dictateur
en mordant dans un biscuit
Notre beau pays
Un fruit après l’autre
tu cueilles mes jours
ô mon beau pays
Je prête l’oreille
Personne ne chante
sauf le couperet
Extrait de : Un bouquetin dans la forêt (1983)
Connivence
Nous nous entendons bien :
La vie est belleLes gens sont magnifiques
Le chemin est devant nous
Mais regarde-moi un peu
Je souffre comme un animal blessé dans le pré
Nous nous entendons bien :
Le printemps arrivera sûrement
Le soleil se lèvera chaque jour
Les paysans récolteront le blé de l’été
Mais dis-moi alors pourquoi
le sang inonde ma chambre mon lit mes livres ?
pourquoi est-ce que je rêve toujours
d’un enfants déchiqueté
d’un jouet cassé
d’une balle qui siffle ?
Extrait de : Un bouquetin dans la forêt (1983)