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1989 : La chute du mur

Dans la nuit du 9 novembre 1989, lorsque le mur s'est effondré, le monde entier a assisté à sa chute en direct.
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Porte de Brandebourg, décembre 1989 (photo SSGT F. Lee Corkran)
Mais, des émeutes de Budapest en 1956 jusqu'à la décision d'ouvrir le mur le 9 novembre 1989, en passant par le Printemps de Prague (1968) ou les Accords de Gdańsk (1980), ce moment symbolique est surtout l'aboutissement du lent effritement du bloc de l'Europe de l'Est.

La chute du mur de Berlin est également le fruit d'une forte contestation en RDA. Les Allemands de l'Est en ont été les artisans actifs dès 1976, lorsque les intellectuels n'hésitaient pas à faire entendre leur voix jusqu'en 1989, où les manifestations se sont intensifiées.

Un lent effondrement

Berlin, Loch in Mauer am Reichstag (Bundesarchiv Bild)
 Le bloc de l’Est se fissura bien avant la chute du mur.

De nombreux signes avant-coureurs signalèrent une volonté de résistance de plus en plus forte au système hérité de la guerre froide, notamment en Europe de l'Est.

Octobre 1956, Hongrie : 
Insurrection de Budapest. Le peuple hongrois se soulève contre la domination soviétique, réclame les libertés politiques et syndicales et la disparition de la police secrète. L’insurrection sera réprimée brutalement par les chars soviétiques. Les hongrois sont abandonnés à leur sort. C’est la guerre froide.

Janvier–août 1968, Tchécoslovaquie : 
Printemps de Prague : lancement par Alexander Dubček, dirigeant de la Tchécoslovaquie d’un grand programme de réformes, sorte « d’ancêtre » de la perestroïka, liberté de la presse, liberté de circulation, réforme de l’économie. Mais le 21 aout, les troupes du Pacte de Varsovie, envoyées par Brejnev, mettent fin à la tentative de Dubček.

Août 1980, Pologne : 
Signature des Accords de Gdańsk qui comprennent 21 revendications dont des augmentations salariales, la semaine de travail de 5 jours, le droit de grève, l'autorisation de création de syndicats indépendants et la reconnaissance du syndicat Solidarność.

1982, URSS : 
Mort de  Leonid Brejnev, dirigeant de l’Union soviétique depuis 1966.

Avril 1985, URSS : 
Mikhail Gorbatchev lance la « perestroïka » (restructuration) avec la volonté d’entrer dans un processus de désarmement ; ce qui reconfigure les rapports Est/Ouest. Sans amener de changement radical, la campagne de réformes enclenche cependant un mouvement de libéralisation. C’est bientôt la fin de la guerre froide.

Avril 1989, Pologne : 
Sous la pression du syndicat Solidarnosc, le principe d’élections libres est accepté en Pologne.

Septembre  1989, RDA : 
Déclenchement des « Montagsdemonstrationen » (manifestations du lundi), manifestations de masse démarrées à Leipzig dont le slogan était « Wir sind ein volk » (nous sommes un peuple) annonçant la future réunification, arrestations des étudiants de Iéna.
 

Le 9 novembre 1989, le mur tombe : un événement médiatique et historique



Comme l’a écrit l’historien américain John D. Popkin  dans son article Médias et révolutions, « c’est impressionnant d’avoir pu allumer ma télévision ici, dans le Kentucky et regarder tomber le mur en direct tandis qu’il y a 200 ans , il avait fallu des mois avant que les nouvelles de la chute de la Bastille ne pénétrassent ce qui était en ce temps-là la frontière extrême du monde occidental. »


Vidéo :  Destruction du mur de Berlin (source : ina.fr)


 
Toute la presse du monde entier couvre l’événement qui devient un symbole de la chute du communisme et  de la fin de la guerre froide. Une nouvelle ère commence. C’est la fin d’une guerre des images en Europe entre l’est et l’ouest. Le mur semble représenter à lui seul dans les médias la frontière entre les deux blocs. 
 Egon Krenz, président de la RDA a cédé à la pression de la rue et ouvert la frontière dans la nuit du 9 novembre 1989.



Des queues immenses se forment aussitôt aux différents checkpoints.
La frontière entre Berlin-est et Berlin-ouest est  donc dissoute. Bientôt avec elle la séparation des deux Allemagnes qui durait depuis 1949.
Le choc est immense, à l’est comme à l’ouest.
 
La chute du mur apparaît à l’ouest comme un événement inattendu alors que son surgissement était le  résultat d’une révolte pacifique de masse menée depuis des mois en RDA. Le slogan des manifestations de Leipzig « Wir sind ein volk » (nous sommes un peuple) a été exaucé.



L’Allemagne est sur le chemin de la réunification. Le mur devient alors un  « lieu de mémoire ». L’Europe entre dans un nouvel équilibre politique, le mouvement enclenché par la réunification va bientôt s’étendre à toute l’Europe.

La contestation en RDA

Le mur ne s’est pas écroulé en un jour. Son ouverture est l’aboutissement d’une lutte de nombreux intellectuels et étudiants qui ont élevé la voix publiquement, organisant des manifestations, réussissant à rallier une majorité de la population à leur cause. Jusqu’à la chute, le régime aura mené une sévère répression des opposants.

 
Berlin, manifestation du 4 novembre 1989 (photo Bernd Settnik, Bundesarchiv)


Le 16 novembre 1976, Wolf Biermann, le célèbre chanteur-poète, est déchu de sa nationalité est-allemande lors d’une tournée à l’Ouest. Environ 150 auteurs et artistes de la RDA, dont Heiner Müller et Christa Wolf, signent une lettre de protestation. La  réaction de la SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne), parti au pouvoir, est brutale. Robert Havemann, dont uncentre de recherche historique sur la lutte pour la liberté d'expression porte le nom, grande figure intellectuelle est-allemande et héros antifasciste est assigné à résidence. D’autres sont arrêtés. De nombreux contestataires sont poussés à quitter le pays sous la menace. A l’université de Iéna, où avaient enseigné les philosophes Hegel et Fichte, les étudiants révoltés sont interpellés et interrogés par la Stasi (police politique).
 
Christophe Hein (photo Hubert Link, Bundesarchiv)


En 1987, le romancier Christoph Hein, auteur de La Fin de Horn, livre interdit de publication par les dirigeants en RDA qui relate la dépression puis le suicide d’un citoyen de RDA,  réclame publiquement la suppression de la censure. Des arrestations ont lieu à la Zionskirche à Berlin, lieu de regroupement des contestataires.
En 1989, les manifestations s’intensifient, notamment à Leipzig, où sont organisées  depuis le 4 septembre " les manifestations du lundi " (Montagsdemonstrationen). Sur le site d'Arte-télévision, il est possible de suivre le parcours en animation intitulé "Le Miracle de Leipzig" (vidéos, sons, images) de la manifestation du 9 octobre . Celles-ci représentent un tournant dans le processus de déconstruction du système communiste. Le succès de ces manifestations provoque la démission de Eric Honecker.

La chute du mur est proche.
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