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Vitrine du rêve américain

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Mise en scène de la famille Kennedy, Hyannis, 1963. Cecil Stoughton pour la Maison Blanche, domaine public.
La profusion de photographies, films, livres et affiches sur John Fitzgerald Kennedy témoigne peut-être, dès sa prise de fonction le 20 janvier 1961, de la construction non pas tant d'un mythe JKF (c'est-à-dire, d'un récit fondateur) que d'une image JFK. Cette construction est autant le fait des mass media, des institutions politiques et du clan Kennedy lui-même, que de l'interprétation, fantasmée, qu'en fait l'opinion publique.

Comme le souligne l'historien Thierry Lentz dans "L'assassinat de John F. Kennedy : histoire d'un mystère d'Etat", qu'importe que Kennedy ait gagné de justesse contre Nixon et commencé son mandat par l'échec de la Baie des Cochons à Cuba. Qu'importe qu'il fût malade toute sa vie, qu'il eût des relations troubles avec la pègre et les femmes. Qu'importe ses actions politiques majeures, telles la reconnaissance des droits des Afro-Américains, la détente des relations avec l'URSS ou encore le traité d'interdiction des essais nucléaires et le programme de solidarité Peace Corps avec les pays dits du tiers-monde. Son mandat fut d'ailleurs fort court : deux ans, dix mois et deux jours.
JFK défilant en voiture à Cork
John Kennedy à Cork, Irlande, 1963. Robert Knudsen, US National Archives, domaine public.
 

JFK, dictionnaire des images reçues

La mise en scène d'hommes politiques n'est pas nouvelle à l'époque : la photographe et cinéaste Leni Riefensahl a par exemple largement contribué à l'esthétique de la propagande hitlérienne. Celle de JFK innove toutefois dans le fait de mixer vie privée et vie publique à une période, inédite dans l'histoire de l'humanité, où se développent les technologies de création et de diffusion planétaire d'images fixes et animées. Kennedy inaugure le phénomène de peoplisation des hommes politiques, notamment par le biais de journalistes parfois plus attirés par les beaux clichés que la réflexion critique.
   
C'est ce que montre notamment les ouvrages John Fitzgerald Kennedy : les images d'une vie et Kennedy, chronique d'un destin : JFK tantôt en jeune père dans la propriété familiale de Hyannis, marié à une jeune femme élégante, portant haut lors de soirées mondaines, tantôt ovationné lors de meetings politiques ou grave face à d'autres grands de ce monde. Des millions de personnes ont, de par le monde, vu ces photos de John-John Kennedy jouant sous le Bureau Ovale.
 
JFK sur son patrouilleur
Le lieutenant John Kennedy sur son patrouilleur PT 109. Maison Blanche, domaine public)
 
Cette iconographie minutieusement composée donne à voir les valeurs constitutives de l'american way of life : jeunesse, famille, réussite, glamour, pouvoir et patriotisme. La popularité durable de Kennedy doit peut-être davantage au travail de scénarisation de ses vies privée et politique qu'aux seuls résultats de ses actions politiques. La mise en icône de Kennedy repousse alors les limites de ce que l'on peut montrer d'un personnage public : désormais, la vie intime d'un président est photographiable et diffusable. On ne photographie plus seulement le prévu (un politique dans l'exercice de ses fonctions), mais ce qui était jusqu'ici le non vu, l'invu, pour reprendre le mot du critique Jean Arrouye. Selon le critique Roland Barthes, auteur du fameux ouvrage Mythologies, JFK acquiert le statut de mythe, défini comme un dictionnaire des images reçues.
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