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Nikola Tesla, par Jean Echenoz

Tesla dans son laboratoire environné d'éclairs
Tesla dans son laboratoire de Colorado Spring, by Dickenson V. Alley/Wellcomeimage.org[CC BY 4.0], via Wikimedia Commons
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roman
biographie
Ravel, Courir et Des éclairs forment une trilogie particulière dans l’œuvre de Jean Echenoz. Écrits entre 2006 et 2010, ces courts romans ont pour sujet la vie d’un homme célèbre. Pour les écrire, Jean Echenoz s’est lancé dans de longues recherches documentaires dont il n’a souvent gardé qu’une ambiance, un mot, une couleur. Pourtant, ces « vies imaginaires » semblent aussi fidèles à leurs modèles que les portraits d’époque.
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Jean Echenoz termine sa série de fictions biographiques sur Nikola Tesla (1856-1943), un scientifique d'ascendance serbe vivant aux États-Unis, à l'origine de nombreuses inventions — principalement autour de l'énergie électrique — et dont la vie s'inscrit dans la démesure. Plus d'une centaine d'inventions, un caractère ombrageux et un sens de la mise en scène extraordinaire lui confèrent sa réputation de savant fou et l'auréolent de mystères. La légende, comme le récit d'Echenoz, prétend qu'il est né un jour d'orage, dans la lumière d'un gigantesque éclair. 
Jean Echenoz prend des libertés avec la réalité en commençant par changer le prénom de Nikola en Gregor. Il s'attache à ses particularités (réelles ou fictives), comme son caractère peu sociable, sa vision particulière de la mécanique, ses obsessions hygiénistes ou encore son souci de tout compter, sauf l'argent. Il dresse le portrait d'un homme qui ne vit que pour la science, ne se pliant aux usages mondains ou sociaux que pour concrétiser ses projets scientifiques, quitte à défrayer la chronique.

Dans son laboratoire de Colorado Springs, Gregor réalise des expériences dont il soigne la mise en scène même sans spectateur, sans se soucier des effets sur la ville voisine, terrorisée par le bruit en pleine nuit.
Gregor, à cette occasion, s'est habillé solennellement : couvre-chef lustré, gants de pécari clairs tout neufs et redingote Prince Albert. Il égrène un compte à rebours et retient son souffle puis, quand son assistant actionne l'interrupteur, une foudre énorme explose au-dessus de la station dans laquelle se répandent une lueur bleue glaçante avec un fort parfum d'ozone alors que les éclairs géants, format gratte-ciel, jaillissent du mât dans un fracas de tonnerre plus démesuré que jamais.

Jean Echenoz, Des éclairs, Éditions de Minuit, 2010 (pp. 102-103)
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