etc. Et dans une deuxième partie, on trouve la liste des rues dispa- C’est du temps qui s’incarne dans de l’espace? rues, des rues mortes. C’est magnifique! Certaines ont des noms Oui, une sorte de condensé de temps. extraordinaires, comme la rue où Dieu fut bouilli – je vois exactement où elle est, ce serait maintenant un morceau de la rue des Archives, Si les souvenirs sont très présents dans votre poésie, vos œuvres en juste à côté du couvent des Billettes. prose livrent aussi une grande place à l’évocation de votre vie per- sonnelle. Participent-elles du renouvellement de l’autobiographie? Et pourtant, vous dites vous sentir en exil à Paris… L’intervention autobiographique n’est pas à intention autobio- Oui. Et ce n’est pas une situation défavorable pour la composi- graphique. Elle se produit par le système de composition avec paren- tion. Parce que cela crée une distance par rapport à la ville. J’ai une thèses: à un certain moment de ce que je raconte s’introduit, dans certaine hostilité, une certaine rancœur à l’égard de Paris. Cela s’est une nouvelle parenthèse, quelque chose qui fait intervenir des élé- peut-être amélioré mais, très longtemps, j’ai constaté que les Parisiens ments de ma propre vie. Je ne pense pas écrire une prose autobio- n’étaient pas des gens très aimables. En plus, ils ne connaissent pas graphique mais plutôt, comme on faisait autrefois, des Mémoires: leur ville, ils ne connaissent que le trajet qu’ils font. on mettait en évidence des moments de l’existence pour illustrer autre chose – une thèse philosophique, ou morale, ou de la prédiction… Il Vous n’aimez donc pas Paris? ne s’agit pas de raconter sa vie. Il s’agit de raconter quelque chose Ce n’est pas ma ville. et, à cette occasion, éventuellement, de faire intervenir des moments de vie. la ville muse Une ville nouvelle pourrait-elle vous inspirer? Là, c’est un peu difficile… Dans un quartier entier, on va trouver La Forme d’une ville change plus vite, hélas, que lecœur des humains: la rue des Hortensias, la rue des Saules, etc. alors qu’il n’y a jamais le titre de votre livre fait écho aux vers de Baudelaire: « la forme d’une eu ni d’hortensias ni de saules dans ces endroits-là. ville/Change plus vite, hélas! que le cœur d’un mortel ». Votre dossier: démarche consiste-t-elle, à l’instar de Baudelaire, à chercher l’éternel Vous fréquentez beaucoup Londres, y composez-vous? sous le fugitif? 30 J’y vais beaucoup mais j’ai du mal à y faire quelque chose car c’est Je n’ai pas une telle ambition… Un jour, on a demandé à Georges une ville très compliquée, beaucoup plus que Paris. J’ai travaillé Perec d’écrire un poème sans contrainte – ce qui a été très dur pour plus systématiquement sur Tokyo, où j’ai passé au moins deux fois lui! Parmi les choses qu’il avait trouvées, il y avait cette phrase: « Je six semaines, en y marchant beaucoup. jeunes dames, par exemple, s’appelle « Barrique », par une sorte • • (Galli • o e G e n i r e h t a C *ffroy etques RoubaudOde à la ligne 29 des auto-À lire, de Jacchange plus vite, hélas,tseveRenirehtaPropos recueillis parCBpicherche l’éternel et l’éphémère ». Ça répond à cette intention-là… Maisen fait, il n’y a que des e: c’est un monovocalisme en e!?resopmocyàéticniasuoviuqec-tsLa possibilité d’expérimenter, de manière absolue, une ville oùLorsque je marche dans une rue, il y a les images que je reçoise’uQQu’appelez-vous « images-mémoire », comment naissent-elles et que le cœur des humainsquel est leur rôle dans votre poésie? mard, 1999)mière étape d’un processus et j’appelle cela une image-souvenir. Je (Inventaire, 2005) l’on marche en étant totalement analphabète, donc sans être troublé par autre chose que le parcours que l’on va faire. Ça, c’est superbe! À Tokyo, il y a des signes écrits qu’on ne sait pas lire. Sauf dans les grandes artères, dont le nom est inscrit aussi en anglais, et devant les boutiques qui ont des noms anglais ou français, sans aucun rapport avec ce qui est vendu. Une très belle boutique de vêtements très chics pour d’humour involontaire. Le propriétaire a dû trouver ce nom beau, il ne sait pas le lire mais se l’est fait écrire, et voilà… La Forme d’une ville directement, en regardant, et assez fréquemment chacune de ces images bus parisiens (Attila, 2012) peut susciter, sans que j’y pense vraiment, un souvenir. C’est la pre- Tokyo infra-ordinaire ne suis pas toujours capable de déterminer l’origine de cette image- • Le Grand Incendie de souvenir. Par exemple, une des maisons de telle rue suscite une Londres, La Destruction, image-souvenir d’une maison – soit la même, que j’ai vue il y a long- La Boucle, Mathématique: temps, soit une autre, qui lui ressemble ou qui est évoquée. impératif catégorique, Poésie: le bibliothèque de Warburg (Le Seuil, collec- Une image-souvenir ne reste jamais toute seule. Elle suscite tion « Fiction & Cie », immédiatement toute une famille d’images-souvenirs. De cette 2009) famille d’images-souvenirs, le personnage qui est installé dans votre • La Dissolution (Nous, crâne et qui essaie de commander va faire une sorte de condensé, de 2008) reconstruction, que j’appelle une image-mémoire, qui va raconter les choses, dire: ça s’est passé à tel moment, c’est lié à ça, ça veut dire ça par rapport à telle chose que j’ai faite, etc. Un peu comme ce qui vous Portrait de Jacques vient dans la tête au moment du réveil. Roubaud sur le site Fin duweb de la Bpidossier
De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013
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