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De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

10 au Centre: Simon Hantaï Si toutes les séries sont présentées, l’exposition porte une attention particulière à deux d’entres elles: Mariales, la toute première et Meuns, d’après le nom du village où Hantaï s’est installé avec sa famille. Au fil de ces séries, au fil du temps, Hantaï explore les possibilités d’une mise à distance de la peinture traditionnelle. Les oeuvres deviennent de plus en plus grandes, gigantesques même, à la mesure de l’ancien entrepôt transformé en Centre d’arts plastiques contemporains de Bordeaux (CAPC) où elles sont présentées en 1981. Le silence et l’absence Hantaï est alors un peintre célébré. En 1982, il représente la France à la Biennale de Venise. « Et cette image de peintre officiel le perturbe incontestablement » explique Alfred Pacquement. « S’y ajoutent une réserve ou une inquiétude prémonitoire vis-àvis de la façon dont le monde de l’art se transforme. La façon dont l’oeuvre d’art est considérée par la société le dérange terriblement.  » Il se replie alors littéralement dans son espace de travail. Il n’expose plus, il n’apparaît plus. Dans sa retraite volontaire, Hantaï continue cependant de travailler. Mais sans doute pas de la manière attendue de la part d’un peintre. Il mène un travail intellectuel, de réflexion, nourri par des rencontres avec des philosophes, des théoriciens. Il est proche de Derrida, de Jean-Luc Nancy, il a des contacts avec Gilles Deleuze. Pour Alfred Pacquement, « il est absent et, en même temps, présent. C’est un homme de paradoxes. » Pendant près d’un quart de siècle, jusqu’à sa mort en 2008, Hantaï va rester plus ou moins sur cette ligne. Exception notable: en 1995, il reprend les immenses peintures réalisées pour le CAPC – inexposables ailleurs – et décide d’en prélever des fragments. Avec des ciseaux – référence explicite à Matisse qui l’a beaucoup marqué – il revisite son travail antérieur. Geste à la fois de destruction et de reconstruction, Laissées est la dernière suite qu’il réalise, sans toucher à un pinceau. Peinture, 1958 Huile sur toile et encre, 197,7 x 121,7 cm © Collection particulière - ADAGP Mariale m.a.4, 1960 Huile sur toile, 226 x 207 cm © Collection Larock-Granoff - ADAGP


De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013
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