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De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

Fan-frictions Si certains auteurs de fanfictions ont une dent contre les choix du producteur de leur série préférée, inversement, des créateurs originaux ont les fanfictions en horreur. Peu d’entre eux sont aussi bienveillants que J. K. Rowling, l’auteur d’Harry Potter. Dans ses déclarations, elle montre toujours beaucoup d’enthousiasme visà vis de la créativité de ses lecteurs. En même temps, ses avocats attaquent systématiquement les textes ayant un contenu sexuel explicite – ce qui fait pourtant partie du jeu. D’autres écrivains ont exprimé leur franche opposition aux fanfictions. C’est le cas de George R. R. Martin (Le Trône de fer) qui estime que « chaque écrivain doit apprendre à créer les personnages, les mondes, et les décors qui lui sont propres. Utiliser l’univers créé par quelqu’un d’autre est la solution de facilité la plus paresseuse.3 » Sur le plan légal, les pratiques des fans se heurtent non seulement aux droits d’auteurs individuels, mais également à de puissantes industries culturelles. Lorsque la franchise Harry Potter est passée sous le contrôle de Warner Bros, le studio s’est montré beaucoup moins tolérant que J. K. Rowling. En décembre 2000, les avocats du studio s’attaquent au Daily Prophet, le journal fictif des étudiants d’Hogwart, publié en ligne par la jeune Heather Lawver. Heather est rapidement propulsée passionaria des fans d’Harry Potter : elle organise un boycott, diffuse des pétitions et 22 Le grand jeu Dépité, Kirk leva les bras au ciel – M…, Spock, et il ajouta catégorique, j’avais la main gagnante! – Vous vous trompez, Capitaine répliqua calmement Spock, les règles sont claires, votre flush n’est pas un flush royal, et ma main est gagnante. Et puis-je vous faire remarquer Jim, qu’une fois encore, c’est une femme qui vous a trahi? chroniqués dans les moindres détails, mais même dans le monde imaginaire le plus fouillé, il reste des terra incognita à explorer, des béances comparables aux lacunes des aventures de Sherlock Holmes. Qui plus est, dans le cas d’une série télévisée, il y a entre chaque épisode une ellipse dans laquelle l’imagination peut s’insinuer. Pour Jenkins, les fanfictions « reflètent le désir des lecteurs de combler les vides qu’ils ont découverts dans des oeuvres commerciales.2 » Ces « vides » sont autant de tickets d’entrée qui permettent de s’éloigner de la trame officielle du récit. Car les auteurs de fanfictions ne se contentent pas d’imaginer des suites aux péripéties de leurs héros favoris, ils subvertissent également les codes du récit dont ils s’emparent. Le Slash compte parmi les sousgenres les plus populaires. Il consiste à imaginer une romance entre deux personnages, en inversant éventuellement l’orientation sexuelle des protagonistes (en anglais, le slash est la barre oblique, utilisée notamment dans le sigle « S/K » qui désigne les récits décrivant une relation ambiguë entre le lieutenant Spock et le capitaine Kirk). Les fanfictions peuvent également être l’expression créative des frustrations ressenties par une partie du public : lorsqu’une intrigue les déçoit, ou que la qualité d’une série se dégrade, les fans mécontents imaginent parfois dans leurs textes des histoires alternatives qui répondent d’avantage à leurs attentes. dossier: les fanfictions 2 http://henryjenkins.org/2007/03/transmedia_storytelling_101.html 3 http://georgerrmartin.com/faq.html cc-by-nc - windsordi/flickr


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