Page 25

De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

Êtes vous plutôt dans l’improvisation spontanée ou construisezvous en amont par un travail préalable? Dans les DJ sets, ce que j’adore, c’est la spontanéité totale, le côté non préparé. Toute la semaine j’écoute des disques – j’en reçois d’amis producteurs, j’en cherche aussi beaucoup. Quand arrive le week-end, il y a des morceaux que j’ai décidé de passer mais je n’ai pas de plan préétabli. Après chaque morceau je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais je vois dans quelle direction je vais aller. Le fait d’être DJ est très important pour moi: cela me permet une spontanéité que je m’efforce d’utiliser quand je suis en studio pour construire des morceaux. Y a-t-il un moment où une composition vous paraît achevée? Ou est-elle faite pour être toujours reprise et transformée? Le live, c’est un peu un laboratoire de recherche. Je m’amuse à recycler les choses, à les retravailler, à les retransformer en de nouvelles choses où on ne les reconnaît même plus. C’est une perpétuelle mutation. Au contraire, quand je suis en studio pour faire mes albums, je suis obligée de mettre un point final. Il y a un support définitif qui fige les choses. À partir de quels supports mixez-vous? Pendant des années, j’ai mixé à partir de disques vinyle, mais j’ai dû changer avec l’industrie du disque. Aujourd’hui, tout se fait par email, par téléchargement, tout devient virtuel. C’est très frustrant. Bien sûr, les téléchargements reviennent beaucoup moins cher, mais les vinyles me manquent. Pendant des années j’allais chez le disquaire, qui connaissait mes goûts, on était amis; les jours d’arrivage j’y retrouvais d’autres artistes, on parlait entre nous. Mais il y a un retour du vinyle: de plus en plus de disques ne sortent même que sur ce support. Peut-être qu’on entre dans une nouvelle ère, il y a même des disquaires qui commencent à ouvrir! En définitive, est-ce qu’un DJ crée ? Le DJ joue forcément les morceaux des autres, bien sûr. Mais il y a des images mentales, des émotions qui me mènent dans telle ou telle direction. C’est donc quelque chose de très personnel dans lequel je puise, un mélange de nostalgie et de modernité. Je cherche toujours la modernité, je veux éviter la nostalgie pure, les clichés. Et puis je cherche des morceaux que beaucoup de gens ne connaissent pas. Ce travail de recherche en amont est très important. J’ai quinze ans de métier derrière moi, un nombre incalculable de morceaux sur des vinyles, des CD, dans mon ordinateur… Je passe mon temps à remettre en question mon DJ set. Je choisis ce que je vais jouer en liaison avec mon histoire, les tendances que j’ai suivies, mon positionnement par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. Quand je fais mon set, je pose une ambiance. En général, du début à la fin, ça reste assez cohérent. C’est un travail différent de la production. Certains considèrent que les DJ ne sont que des « pousse-disques » mais il y a un travail, une sélection en fonction de critères personnels, donc c’est aussi créatif. Pourquoi avoir choisi comme nom de label « Kill the DJ »? Ça vient d’une soirée: à l’époque, il y avait beaucoup de house music, de musique américaine de vocaux américains. Notre son était plus froid, plus minimal, plus proche de la musique allemande. Donc le nom « Kill the Dj », c’était un peu pour contrebalancer tout ce soleil… Propos recueillis par Soizic Cadio, Sylvie Colley et Catherine Geoffroy, Bpi 25 dossier: kill the clichés © Thomas Pirel *Écouter Chloé à la Bpi ? Dans l’espace Musiques, ses disques sont regroupés sous la cote 780.66 CHLO. Fin du dossier


De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013
To see the actual publication please follow the link above