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De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

lire, écouter, voir: la transition énergétique insiste sur la nécessité de proposer des techniques innovantes pour * 27 développer l’éolien offshore, d’améliorer les systèmes photovoltaïques et les biocarburants, et il conclut sur la nécessité de mettre en oeuvre des politiques publiques. Le scénario negaWatt NegaWatt est un groupe d’études constitué en association, regroupant chercheurs et professionnels du secteur de l’énergie. Il a déjà développé plusieurs projets de transition énergétique depuis sa création en 2001. Sa philosophie repose essentiellement sur la non-consommation d’énergie, qui suppose un changement dans les comportements et les technologies. Le scénario negaWatt repose sur trois piliers: sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables, avec une sortie du nucléaire civil sur vingt ans. D’après les auteurs, les solutions techniques existent: rénovation des bâtiments, chauffages collectifs, énergie solaire – l’obstacle étant avant tout culturel et politique, lié au poids des groupes de pression. Dans le scénario negaWatt, la sortie du nucléaire ne représente qu’une partie du projet. Elle est centrale, au contraire, dans l’ouvrage de Pierre Lucot et Jean-Luc Pasquinet: Nucléaire, arrêt immédiat, qui propose une sortie du nucléaire dans un délai de trois à cinq ans. Les auteurs appuient leur argumentation sur le faible taux de fonctionnement des centrales thermiques actuelles, la possibilité d’en construire de nouvelles dans un délai de trois ans et la surproduction actuelle d’énergie nucléaire. Dans La Transition énergétique, Michel J.-F. Dubois préconise cinq grandes orientations: baisser la demande immédiate en énergie, favoriser l’innovation et la mise en oeuvre de nouveaux procédés pour atteindre l’efficacité énergétique, produire une énergie alternative – que ce soit à partir des énergies renouvelables ou des déchets – faire évoluer nos représentations collectives, faire passer la production d’énergie basée sur le nucléaire de la fission à la fusion. C’est par la fiscalité autant que par la règlementation qu’il conseille que se fasse l’intervention publique. Vers une autre société? Si la question est complexe c’est que l’enjeu n’est pas seulement de savoir quelles énergies nous consommerons en 2050. Marie-Hélène Aubert, dans son article « Une politique de développement durable pour demain », fait de la transition énergétique le premier axe d’une politique de développement durable qui suppose une réelle mutation du modèle de développement. Pour l’auteur, la solution passe par le recours à la loi, l’exemplarité des investissements publics, la refonte du système financier et une action décentralisée. Les principales mesures qu’elle préconise sont les investissements publics dans les transports en commun et l’isolation des bâtiments publics, l’instauration de normes et de taxes incitatives, la relocalisation et le recours à des circuits courts pour l’approvisionnement alimentaire. Fin Pour Alain Lipietz, dans Green Deal, « tous les projets de transition énergétique planifient donc un certain équilibrage, sous la contrainte des coûts financiers, entre les risques (nucléaires ou climatiques) perçus par la population et la compétition pour l’usage des sols ». Cette compétition oppose ce que d’aucuns appellent les « 4 F »: food (alimentation humaine), feed (alimentation animale), forest (forêt et biodiversité), fuel (les énergies issues de la terre par forage). Dans le Green Deal c’est bien un nouveau modèle de développement qu’esquisse l’auteur, qui prend soin d’affirmer que ce modèle sera le produit de l’histoire, de tâtonnements, d’essais… et de compromis entre intérêts divergents. À sa lecture, même si l’on est convaincu qu’il existe une possibilité matérielle d’arriver à « une prospérité sobre et verte » respectueuse de l’environnement et des besoins humains et créatrice d’emplois qualifiés, le chemin pour y arriver semble assez difficile, pris entre intérêts dominants, réticences populaires et vision à court terme des politiques. Vivons-nous la fin d’un ancien monde? Ou les prémices d’un nouveau? Avec la transition énergétique, sans doute sommes-nous entrés dans cette « saison brune » que décrit Philippe Squarzoni, période incertaine entre l’hiver et le printemps. Catherine Brodard et Catherine Revest, Bpi À lire à la Bpi: • Philippe Squarzoni, Saison Brune, Delcourt, 2012 573 .1 SQU • Alexandre Rojey, Énergie &transition climat : réussir la énergétique, Technip, 2008 621 ROJ • Michel J.-F. Dubois, La Transition énergétique, Desclée de Brower, 2009 339.52 DUB • Marie-Hélène Aubert, «développement  Une politique de durable pour demain » dans : Économie politique, n°54, 2012/2 330 ECO 20 • Alain Lipietz, Green Deal: la crise du libéral-productivisme et la réponse écologiste, La Découverte, 2012 330.6 LIP • Association négaWatt, Manifeste négaWatt, Actes Sud, 2011 621.31 MAN • Pierre Lucot et Jean-Luc Pasquinet, Nucléaire arrêt immédiat: pourquoi, comment? Golias, 2012 339.52 LUC


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