3 questions à Gérard Azoulay

De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

34 venez! Gérard Azoulay venez! © CNES/Illu. Marc Touitou cadre de l’exposition « L’Espace… de l’ombre à la lumière », en décembre 2012. Dans le public se trouvait un grand nombre d’anciens déportés. Et quand à l’issue de la représentation, l’un d’entre eux est venu nous rencontrer en nous disant que cette création est un moment d’émotion plus grand que n’importe quel discours, j’en ai été extrêmement touché. L’art arrive-t-il à suivre les découvertes et les théories scientifiques les plus récentes et à s’en emparer? Cette question de l’actualité scientifique est une sorte de trompe-l’oeil qui conduit rapidement à une impasse. La création peut se nourrir de découvertes scientifiques d’époques différentes quand celles-ci deviennent des embrayeurs d’imaginaire. Concernant l’univers spatial, la plupart des artistes ont, comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs, une vision assez stéréotypée. Ainsi, les images mobilisées pour évoquer l’Espace sont souvent puisées dans les médias ou la science-fiction. C’est pour contrebalancer cette conception réductrice de l’Espace, plus que pour les faire accéder aux dernières avancées technologiques et scientifiques, que nous proposons aux artistes de leur entrouvrir des portes afin qu’ils puissent consulter des archives iconographiques ou audiovisuelles, rencontrer des acteurs du monde spatial ou encore découvrir des lieux de l’activité spatiale sur Terre ou dans l’Espace. Propos recueillis par Marie-Hélène Gatto et Catherine Geoffroy, Bpi Fin responsable de l’Observatoire de l’Espace du Centre national d’études spatiales (CNES) Qu’est-ce qui a pu pousser un astrophysicien à se consacrer aux rapports entre la culture et l'espace? L’astrophysique était ma formation initiale, je ne l’ai plus directement exercée dès lors que je suis rentré au CNES car on n’effectue pas de recherche fondamentale au sein de cet établissement. 1 Depuis 1988, date à laquelle j’ai été engagé à la Direction des programmes du CNES, j’ai découvert la richesse de l’univers spatial et sa dimension culturelle. J’ai été rapidement convaincu que l’Espace était une sorte d’objet anthropologique que l’on pouvait aborder par des pratiques en sciences humaines et en sciences exactes, mais également par des pratiques artistiques. C’est dans cette perspective que j’ai conçu l’Observatoire de l’Espace, la fabrique culturelle du CNES, puis des programmes permettant de découvrir les fruits de cette démarche: Sidération, le festival des imaginaires spatiaux, la revue de littérature Espace(s) ou encore des expositions. Quelle est, parmi toutes les réalisations artistiques produites ou accompagnées par l’Observatoire de l’espace, celle qui vous a le plus marqué? J’aimerais évoquer la récente collaboration avec le dramaturge Philippe Braz. Au début, il ne s’intéressait pas vraiment à l’univers spatial. Il vivait à Berlin et comme l’Allemagne nazie a joué un rôle particulier dans les débuts de l’aventure spatiale, je lui ai raconté celui, longtemps méconnu, de Wernher Von Braun, l’inventeur des fusées V2. Philippe Braz s’est ensuite documenté et a écrit une nouvelle publiée dans la revue Espace(s), qu’il a adaptée pour la scène. Pour cela, il est allé filmer à Berlin et dans la presqu’ile d’Usedom, où était installée Peenemünde, la première base de V2. Sa pièce Usedom Oratorio a été présentée au festival Sidération en mars 2012, puis à Toulouse dans le Cycle: L’espace, mise en oeuvre(s) 22 avril, 13 et 27 mai 19 h - Petite Salle 3QUESTIONS À GÉRARD AZOULAY 3 2 Affiche du festival Sidération 2013 Usedom Oratorio au festival Sidération © CNES/Photo P. Gamot


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