* 7 Interview: Rodolphe Burger des gens. Pour faire ces disques, on voyage ensemble, on passe du temps ensemble, on rencontre des gens. En même temps, la rêverie commune a lieu assez vite, c’est assez intense et fulgurant. Tout d’un coup on se souvient d’un cours de Deleuze où il dit: «C’est quoi le galop? Le galop, c’est la cavalcade du présent qui passe ». Là évidemment on saute dessus, on fait une version allemande de notre première chanson: Cheval-Mouvement. On est dans ce genre d’associations arbitraires, on tricote des souvenirs. Tout l’album est truffé d’archives: de Schwitters, de Beuys, de Trio un groupe électro pop. Ce qui nous intéresse c’est de mettre Deleuze et toutes ces références nobles avec des choses qui relèvent vraiment de ce qu’il y a de plus rudimentaire dans la culture pop. On n’a pas envie d’être dans un travail de sur-production: j’aime bien entendre encore le geste initial, même dans la chose finie, cette manière de couper un peu à la hache. On ne cherche pas à enlever les coutures, on les laisse apparaître. Après avoir été dans une forme de contre-culture, vous êtes à présent reconnu par les institutions: la Bnf, le Centre Pompidou, le Festival d’Avignon. Comment expliquez-vous ce changement de l’institution à votre égard? J’ai été moi même surpris, heureusement surpris. Ça m’a permis de créer énormément de choses ces dernières années. Je suis très reconnaissant à la scène nationale de Sète ou au Festival d’Avignon. Ces gens viennent me voir pour exactement les mêmes raisons que celles qui gênaient les maisons de disques: les projets soi-disant « ovniesques ». À Avignon, il y a deux ans, j’ai fait cinq ou six choses différentes. C’est de pouvoir faire tout cela qui m’enchante. C’est beaucoup de travail, assez acrobatique quelquefois, mais c’est ça qui me passionne. À Sète par exemple, j’ai pu créer un spectacle qui me tient à coeur, une sorte de double hommage à Bashung et à Darwich. Le Cantique des cantiques, créé pour le mariage de Bashung, est mis en miroir avec un texte de Mahmoud Darwich. Là, tout d’un coup, quelque chose devient extrêmement fort et la force vient de l’ensemble de petites choses tissées, d’une histoire qui y mène. C’est comme si toutes les charges émotionnelles à un moment donné convergent, viennent densifier. C’est aussi un effet d’une fidélité dans le travail. Il y a beaucoup de gens que je retrouve: Yves Dormoy, Pierre Alferi, Olivier Cadiot, James Blood Ulmer. Je n’ai pas du tout le sentiment d’une dispersion. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir emmener les gens d’une chose à l’autre et que ça puisse circuler, qu’il y ait des effets de contrepoint. Propos recueillis par Philippe Berger,Marie-Hélène Gatto etCatherine Geoffroy,Bpi © 2013 Dernière Bande / L'Autre Distribution Écouter Rodolphe Burger à la Bpi? Dans l’espace Musiques, vous trouverez les disques du groupe Kat Onoma dont il a été le chanteur jusqu’en 2004 (780.65 KATO) et ceux réalisés sous son propre nom (782.6 BURG). « Moi j ’ai des problèmes, mais je ne prends jamais de Psychopharmaka ! » (en français : psychotropes). Ces quelques mots prononcés avec un fort accent allemand sont le point de départ d’un voyage musi cal et donnent le titre à l’album. Fin
De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013
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